La banque marocaine Attijariwafa Bank a annoncé, le 15 octobre 2026, son adhésion au système chinois de paiement interbancaire transfrontalier (CIPS), une infrastructure dédiée à la compensation et au règlement des paiements internationaux en renminbi, ou yuan. Présent dans 27 pays, dont 15 en Afrique, le groupe entend faciliter les échanges commerciaux et les transactions financières entre le Maroc et la Chine.
Cette adhésion vise à offrir aux entreprises et aux clients institutionnels de la banque des solutions plus rapides et plus efficaces pour effectuer des paiements en devise chinoise. Elle pourrait également réduire les délais de traitement et simplifier les circuits bancaires traditionnels, qui font parfois intervenir plusieurs intermédiaires.
« Cette adhésion renforce notre capacité à accompagner les flux commerciaux et d’investissement entre le Maroc et la Chine, en proposant à nos clients les meilleurs canaux de règlement en RMB », a déclaré Adil Hajji, directeur de la banque internationale du groupe Attijariwafa Bank.
La banque n’a toutefois pas précisé si elle participait au CIPS en qualité de participant direct ou indirect. Elle n’a pas non plus communiqué d’estimations sur les économies que ce dispositif pourrait générer pour ses clients.
Standard Bank et Ecobank renforcent également leurs liens avec le CIPS
L’arrivée d’Attijariwafa Bank s’inscrit dans une dynamique d’intégration progressive des banques africaines à l’infrastructure chinoise de paiement.
En juin 2025, Standard Bank est devenue la première banque africaine autorisée à traiter directement des transactions via le CIPS. Le service a officiellement été lancé en novembre de la même année.
En juillet 2026, l’établissement sud-africain a indiqué avoir traité plus de 8 milliards de yuans, soit environ 1,2 milliard de dollars, par l’intermédiaire du système. Le service a été étendu à plusieurs marchés africains, notamment l’Angola, le Ghana, le Kenya, le Lesotho et la Tanzanie.
En juin 2026, Standard Bank et son principal actionnaire, la banque chinoise Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), ont également obtenu l’autorisation de fournir des services de compensation en yuans dans 19 pays africains. Cette autorisation leur permet de proposer ces services à d’autres institutions financières sur le continent.
De son côté, Ecobank, présent sur 34 marchés africains, a annoncé le 12 octobre 2026 la signature d’un protocole d’accord avec le CIPS. L’objectif est de développer les capacités de règlement en yuan entre la Chine et les économies africaines.
Ces initiatives se trouvent toutefois à des stades différents : Standard Bank traite déjà des opérations via le système, Ecobank a conclu un accord de coopération, tandis qu’Attijariwafa Bank a annoncé son adhésion sans détailler les modalités techniques de sa participation.
Le yuan, une alternative pour les échanges commerciaux avec la Chine
Lancé en 2015, le CIPS constitue l’un des instruments utilisés par la Chine pour favoriser l’internationalisation du renminbi. Son développement en Afrique pourrait permettre à davantage d’entreprises de régler directement leurs fournisseurs chinois en yuan, sans recourir systématiquement au dollar américain comme devise intermédiaire.
Pour les entreprises africaines qui importent des équipements, des matières premières ou des produits manufacturés de Chine, cette possibilité pourrait simplifier certains circuits de paiement et réduire les délais liés aux intermédiaires bancaires.
L’ampleur des gains dépendra néanmoins des conditions de chaque transaction. Le recours au yuan ne supprime pas les risques de change, tandis que les économies potentielles restent tributaires du coût de conversion des monnaies africaines, de la liquidité disponible et des frais appliqués par les banques.
Une intégration financière qui reste à concrétiser
L’adhésion d’Attijariwafa Bank au CIPS marque une nouvelle étape dans le développement des connexions financières entre l’Afrique et la Chine. Elle intervient dans un contexte où plusieurs établissements bancaires du continent cherchent à diversifier les infrastructures utilisées pour leurs paiements internationaux.
Pour le groupe marocain, l’enjeu sera de traduire cette adhésion en services opérationnels adaptés aux besoins de ses clients entreprises et institutionnels.
Les effets concrets sur les coûts, les délais et le volume des transactions dépendront notamment des modalités de participation retenues et de l’utilisation effective du dispositif par les clients de la banque.







