Le recours aux swaps, une nouvelle stratégie de financement
Face à la fermeture progressive des marchés internationaux et à la hausse des coûts d’emprunt, plusieurs États africains explorent des solutions alternatives. Le Nigeria et le Sénégal illustrent cette tendance en misant sur des instruments financiers innovants comme les swaps.
Ces mécanismes, relevant de l’ingénierie financière, permettent aux États de mobiliser des ressources tout en contournant les conditions jugées défavorables des euro-obligations.
Le Nigeria vise 5 milliards de dollars via un swap
Le Nigeria prévoit de lever jusqu’à 5 milliards de dollars grâce à un accord avec la First Abu Dhabi Bank.
Ce financement repose sur un mécanisme de Total Return Swap (TRS), présenté comme une alternative aux eurobonds devenus coûteux dans un contexte de resserrement financier global.
L’objectif pour Abuja est clair :
• Maintenir l’accès aux capitaux
• Financer ses infrastructures
• Réduire le coût global de la dette
Un mécanisme encadré par des garanties strictes
Le recours aux swaps implique toutefois des contraintes importantes. Dans le cas nigérian :
• Les prêts sont garantis par des titres en nairas
• La valeur des garanties dépasse le montant du financement jusqu’à 33,3 %
• En cas de dépréciation de la monnaie, des paiements en dollars peuvent être exigés
Ce montage expose donc le pays à un risque de change significatif, en particulier dans un environnement monétaire volatile.
Le Sénégal privilégie un financement moins coûteux
De son côté, le Sénégal a mobilisé 650 millions d’euros via un mécanisme similaire.
Selon les autorités, cette opération présente un avantage clé :
• Un coût estimé à 7,1 %, inférieur à celui des euro-obligations
Ce choix s’inscrit dans une logique d’optimisation de la gestion de la dette publique. Toutefois, il suscite également des interrogations, notamment sur :
• La transparence des opérations
• Les risques associés aux produits dérivés
Lire aussi : Sénégal : les swaps réduisent le coût de la dette de 5 %
L’Angola, pionnier des financements structurés
L’Angola fait figure de précurseur sur le continent.
En 2024, le pays a conclu un accord de 1 milliard de dollars avec JPMorgan Chase, garanti par 1,9 milliard de dollars d’obligations souveraines.
Début 2026, cette facilité a été :
• Prolongée jusqu’en 2028
• Augmentée de 500 millions de dollars supplémentaires
• Obtenue à un taux inférieur à 8 %
Cette expérience renforce l’intérêt pour ces instruments financiers en Afrique.
Une tendance en pleine expansion en Afrique
Le recours aux swaps et autres financements structurés devient progressivement une nouvelle norme dans les stratégies de financement souverain africaines.
Ce virage s’explique par :
• La hausse des taux sur les marchés internationaux
• La réduction de l’accès aux euro-obligations
• Le besoin croissant de financement des infrastructures
Entre opportunités et risques
Si ces instruments offrent des avantages indéniables, ils comportent aussi des risques :
Opportunités :
• Réduction du coût de financement
• Accès alternatif aux capitaux
• Flexibilité financière accrue
Risques :
• Complexité des montages
• Exposition au risque de change
• Enjeux de transparence et de gouvernance
Vers une sophistication accrue des stratégies de dette
Le recours aux swaps illustre une évolution majeure : les États africains adoptent des outils financiers de plus en plus sophistiqués pour répondre à leurs besoins.
Cette transformation marque une montée en puissance de l’ingénierie financière sur le continent, mais impose également une gestion rigoureuse des risques pour éviter toute dérive.
À terme, l’enjeu sera de trouver le bon équilibre entre innovation financière et soutenabilité de la dette.







