Afrique : le FMI appelle à moderniser les systèmes fiscaux
Le Fonds monétaire international (FMI) et le Groupe des gouverneurs africains appellent à une modernisation des systèmes fiscaux du continent afin d’accroître les recettes publiques et de mieux financer les besoins de développement. Dans une déclaration commune publiée le 14 octobre 2026 à Bangkok, les deux parties soulignent la nécessité d’élargir l’assiette fiscale, d’améliorer le respect des obligations fiscales et de rendre la dépense publique plus efficace.
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Cette orientation intervient dans un contexte marqué par le poids croissant du service de la dette, le recul de l’aide publique au développement et le coût élevé des financements sur les marchés. Malgré une progression des recettes fiscales au cours de la dernière décennie, leur niveau demeure relativement faible dans de nombreux pays africains.
Des recettes fiscales encore limitées
Selon l’édition 2025 des Statistiques des recettes publiques en Afrique, élaborée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Commission de l’Union africaine et le Forum africain sur l’administration fiscale (ATAF), les recettes fiscales représentaient en moyenne 16,1 % du PIB en 2023 dans les 38 pays africains étudiés.
Ce ratio a progressé de 0,5 point de pourcentage en un an et de 1,4 point sur dix ans. Il reste toutefois inférieur à ceux observés dans d’autres régions : 19,6 % en Asie-Pacifique, 21,3 % en Amérique latine et dans les Caraïbes et 33,9 % dans les pays de l’OCDE.
Les écarts entre pays sont également importants. En 2023, vingt des 38 pays étudiés affichaient un ratio de recettes fiscales inférieur à 15 % du PIB. Les niveaux observés allaient de 2,9 % en Somalie à 34 % en Tunisie.
À l’échelle régionale, le ratio moyen s’établissait à 13,9 % dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à 13,8 % dans la Communauté d’Afrique de l’Est et à 13,2 % dans la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).
Ces chiffres illustrent les marges de progression dont disposent plusieurs économies africaines pour renforcer leurs ressources intérieures. Ils soulignent également la diversité des situations fiscales sur le continent.
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La dette et le recul de l’aide accentuent les contraintes budgétaires
La modernisation fiscale apparaît d’autant plus urgente que les gouvernements doivent composer avec des besoins de financement importants et des marges budgétaires limitées.
Dans ses Perspectives économiques régionales d’avril consacrées à l’Afrique subsaharienne, le FMI estime que plus d’un tiers des pays de la région sont en situation de surendettement ou présentent un risque élevé de le devenir. La hausse des taux d’intérêt effectifs et la diminution de l’aide publique au développement contribuent à accroître la part des recettes publiques consacrée au paiement des intérêts.
Les budgets d’aide bilatérale ont, selon les données citées, diminué de 16 % à 28 % en 2025, soit une baisse estimée entre 4 et 7 milliards de dollars. En 2024, l’aide représentait près de 3 % du PIB de l’Afrique subsaharienne.
Les conséquences potentielles sont particulièrement importantes pour les pays dépendants de ces financements. En République centrafricaine, au Soudan du Sud et au Niger, les pertes d’aide pourraient dépasser 10 % des recettes publiques, selon les Perspectives d’octobre 2025 mentionnées dans le texte source.
Le FMI relève que les recettes publiques de la région ont augmenté au cours des trois dernières années, sans toutefois suffire à couvrir les besoins de développement tout en préservant la viabilité de la dette.
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Élargir l’assiette fiscale et améliorer la dépense publique
Dans leur déclaration commune, Seedy Keita, président du Groupe des gouverneurs africains et ministre gambien des Finances, et Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, défendent des systèmes fiscaux plus modernes, efficaces et équitables.
L’objectif est d’élargir la base des recettes et d’améliorer le respect des obligations fiscales. Les signataires insistent également sur la nécessité de mieux cibler les dépenses publiques afin de protéger les ménages vulnérables, de répondre aux besoins de développement et de financer l’adaptation au changement climatique.
La déclaration ne fixe toutefois aucun objectif chiffré de mobilisation fiscale. Elle définit plutôt une orientation générale, centrée sur le renforcement des ressources nationales et l’amélioration de la gestion budgétaire.
Les signataires soulignent par ailleurs que les réformes nationales ne suffiront pas nécessairement à répondre à l’ensemble des besoins. Le maintien d’un soutien international, sous forme de financements abordables et d’assistance technique, reste jugé indispensable.
Une croissance africaine attendue à 4,5 % en 2026
Malgré les incertitudes internationales et les retombées de la guerre au Moyen-Orient, la déclaration de Bangkok prévoit une croissance économique africaine de 4,5 % en 2026, contre 4,2 % dans les projections présentées lors des Réunions de printemps d’avril.
L’inflation devrait reculer à 9,3 %, mais rester à un niveau élevé. Les perspectives demeurent contrastées selon les économies : les pays riches en ressources naturelles pourraient bénéficier de l’amélioration de leurs termes de l’échange, tandis que les autres seraient davantage tributaires de leurs politiques économiques pour atténuer les effets des chocs extérieurs.
Les réserves extérieures resteraient préservées en moyenne, mais les vulnérabilités liées à la dette demeureraient élevées dans plusieurs pays. Un durcissement des conditions financières mondiales ou un épisode El Niño sévère pourrait accentuer ces pressions.
Dans ce contexte, les gouverneurs africains et le FMI appellent à contenir l’inflation, à préserver la viabilité des finances publiques et de la dette, ainsi qu’à renforcer la gouvernance et la transparence.
L’emploi et le secteur privé au cœur des priorités
La déclaration lie également les perspectives de développement à la capacité des économies africaines à créer davantage d’emplois. Les signataires mettent notamment en avant l’amélioration du climat des affaires, le développement des marchés financiers et la pleine mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Ces leviers doivent contribuer à soutenir l’activité du secteur privé et à renforcer les possibilités d’investissement. Leur efficacité dépendra notamment de la capacité des États à financer les infrastructures, les services publics et les politiques nécessaires au développement économique.
Le FMI réaffirme, pour sa part, son engagement à accompagner ses pays membres africains au moyen de conseils économiques, d’assistance technique et de financements lorsque cela est nécessaire, afin de reconstituer leurs marges de manœuvre.
La mobilisation des ressources intérieures, un enjeu central
L’appel lancé à Bangkok place la fiscalité au cœur des réponses aux contraintes de financement auxquelles sont confrontés les pays africains. L’enjeu ne se limite pas à augmenter les prélèvements : il s’agit également d’améliorer l’efficacité des dépenses et de préserver les populations les plus vulnérables.
Avec des recettes fiscales moyennes équivalant à 16,1 % du PIB en 2023, contre 33,9 % dans les pays de l’OCDE, le continent dispose de marges de progression, même si les situations nationales restent très différentes.
La modernisation des systèmes fiscaux devra ainsi s’articuler avec une gestion plus rigoureuse de la dette, une meilleure allocation des ressources publiques et un soutien international adapté. L’objectif affiché est de permettre aux États de financer plus durablement leurs priorités de développement dans un environnement marqué par des contraintes financières persistantes.







