AFD : vers la fin de l’ère Rémy Rioux après dix ans de transformation
Après une décennie à la tête de l’Agence française de développement, Rémy Rioux s’apprête à quitter la direction générale de l’institution. L’Élysée a proposé la nomination de Christophe Lecourtier pour lui succéder, ouvrant une nouvelle phase pour le principal instrument de la politique de développement de la France.
Actuellement ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier doit encore voir sa candidature validée par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et par le Parlement.
Ancien élève de l’ENA, il a notamment travaillé au sein de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde au ministère de l’Économie, et dirigé Business France.
Dix années de transformation à l’AFD
Depuis son arrivée en 2016, Rémy Rioux a profondément transformé l’AFD, élargissant ses champs d’intervention et renforçant son rôle dans les grands agendas internationaux, notamment l’Accord de Paris et l’Objectifs de développement durable.
L’agence a ainsi intensifié ses engagements dans plusieurs secteurs stratégiques :
- éducation
- santé
- climat
Tout en investissant également de nouveaux domaines comme le sport, la culture ou certaines politiques publiques régaliennes.
Parallèlement, l’institution a étendu ses partenariats dans plusieurs régions, notamment dans les Balkans, au Proche-Orient et en Afrique, qui reste une zone prioritaire de l’action française.
Une institution en forte croissance
Sous la direction de Rémy Rioux, l’AFD a connu une expansion notable :
- plus de 5 000 employés aujourd’hui
- 14 milliards d’euros d’investissements en 2025, contre un peu plus de 8 milliards en 2015
- fonds propres doublés, atteignant environ 10 milliards d’euros
L’agence affiche également un résultat net annuel moyen supérieur à 250 millions d’euros, ce qui lui permet de financer une grande partie de ses activités en levant des ressources sur les marchés financiers.
Des contraintes budgétaires croissantes
Malgré cette dynamique, l’institution évolue désormais dans un contexte budgétaire plus contraint.
En 2024, l’AFD avait bénéficié d’un financement de 2 milliards d’euros de l’État français. Mais les crédits consacrés à l’aide publique au développement ont été :
- réduits d’un tiers en 2025, soit près de 2 milliards d’euros,
- encore diminués de 700 millions d’euros en 2026, sur un budget total de 3,7 milliards d’euros.
Ces restrictions ont notamment affecté les programmes en Afrique, région jugée stratégique par Rémy Rioux.
Selon lui, le continent représente un enjeu majeur pour les relations internationales : « un jeune sur trois sera Africain en 2050 », ce qui en fait un partenaire clé pour l’avenir.
Un outil d’influence diplomatique
Pour Rémy Rioux, l’AFD constitue également un instrument d’influence pour la diplomatie française. Certaines interventions, y compris dans des pays comme la Chine, peuvent selon lui se justifier lorsqu’elles contribuent à des objectifs globaux, notamment la réduction des émissions de CO₂.
Après son départ de la direction générale, il restera président de Finance in Common, un réseau lancé en 2020 qui rassemble plus de 550 banques publiques de développement et représente environ 2 500 milliards de dollars d’investissements annuels.
Une réorganisation en cours
L’AFD poursuit également sa transformation interne. Aujourd’hui répartie sur plusieurs sites, l’institution prévoit de regrouper ses équipes dans un nouveau siège près de la gare d’Austerlitz à Paris d’ici 2027.
La nomination de Christophe Lecourtier pourrait ainsi ouvrir une nouvelle étape stratégique pour l’agence, à un moment où les enjeux de financement du développement et d’influence internationale sont de plus en plus déterminants.







