BAD : l’Afrique doit accélérer ses investissements dans l’économie circulaire
Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a appelé à renforcer les investissements dans l’économie circulaire en Afrique afin de soutenir l’industrialisation, sécuriser les approvisionnements en ressources et créer davantage d’emplois.
L’institution a porté ce message lors de la 10e édition du Forum mondial de l’économie circulaire (WCEF 2026), organisée du 15 au 18 septembre 2026 à Gandhinagar, en Inde, autour du thème « Économie circulaire : une transition au service des populations et de la prospérité ».
La rencontre a réuni plus de 2 500 participants issus de plus de 65 pays. La délégation du Département du changement climatique et de la croissance verte de la BAD y a notamment défendu une approche davantage orientée vers les ambitions industrielles et le développement des marchés africains.
L’économie circulaire comme levier d’industrialisation
À l’ouverture du forum, Davinah Milenge Uwella, coordinatrice en chef de programmes au Groupe de la Banque, a souligné l’importance de la croissance démographique et urbaine attendue en Afrique.
Selon elle, l’augmentation des besoins en logements, infrastructures et biens de consommation peut favoriser l’émergence d’industries reposant sur des produits durables, réparables et réutilisables.
L’enjeu consiste notamment à accroître la valeur tirée des ressources africaines, renforcer les entreprises locales et créer des emplois.
La responsable de la BAD a ainsi plaidé pour le développement de filières dédiées à la transformation, la réparation, le reconditionnement et la récupération des matières. Ces activités doivent permettre de répondre aux besoins du continent tout en améliorant sa participation aux chaînes de valeur mondiales.
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Des milliards de dollars à récupérer dans les chaînes de valeur
Le potentiel économique de l’économie circulaire apparaît également à travers les pertes de valeur enregistrées au niveau mondial.
Selon le Circularity Gap Report 2026, plus de 25 000 milliards de dollars seraient perdus chaque année dans le monde au cours des cycles de vie des produits et des chaînes de valeur.
En Afrique, plusieurs secteurs présentent des possibilités importantes de valorisation. Les pertes céréalières post-récolte sont ainsi estimées à 4 milliards de dollars par an, tandis que la valorisation des déchets municipaux pourrait générer environ 8 milliards de dollars par an.
Les équipements électroniques mis au rebut contiendraient également quelque 3 milliards de dollars de matières premières, notamment des minéraux critiques susceptibles d’être valorisés par l’industrie.
Pour la BAD, l’Afrique dispose d’un avantage particulier alors qu’une grande partie de ses infrastructures reste encore à construire. L’intégration des principes de circularité dès la conception des infrastructures et des produits pourrait permettre de préserver des ressources naturelles et financières importantes.
Le Cameroun illustre les opportunités offertes aux investisseurs
Le Cameroun a présenté au WCEF 2026 sa feuille de route pour l’économie circulaire, financée par la Facilité africaine pour l’économie circulaire (ACEF).
Membre de l’Alliance africaine pour l’économie circulaire (ACEA), le pays entend utiliser cette feuille de route pour orienter les investisseurs vers des projets existants.
Parallèlement, le programme AfriCircular Innovators accompagne des jeunes entreprises et des PME opérant dans l’économie circulaire. L’initiative vise à renforcer leur viabilité commerciale et à les préparer à mobiliser des financements.
Sa deuxième cohorte cible 120 entreprises en Angola, au Bénin, à Sao Tomé-et-Principe et au Zimbabwe.
La BAD mise sur l’ACEF pour développer un portefeuille de projets
La Facilité africaine pour l’économie circulaire constitue l’un des principaux instruments mis en avant par la BAD pour accompagner cette transformation.
Elle soutient notamment les réformes favorables au développement de l’économie circulaire et contribue à la constitution d’un portefeuille de projets susceptibles d’attirer les investisseurs.
Lors de la « Journée de la Finlande », organisée par le ministère finlandais des Affaires étrangères et l’ambassade de Finlande à New Delhi, Davinah Milenge Uwella a insisté sur plusieurs conditions nécessaires à l’attractivité des projets : prévisibilité des règles, fiabilité des données et solidité des contrats.
Ces éléments doivent contribuer à réduire les risques pour les investisseurs et à faciliter le financement des projets d’économie circulaire.
Une nouvelle phase de l’ACEF prévue pour 2027-2032
La prochaine phase envisagée pour l’ACEF, couvrant la période 2027-2032, doit rapprocher davantage les priorités des États et celles des entreprises des différentes sources de financement.
L’appui prévu aux études de faisabilité, à la préparation des projets et au développement des marchés doit faciliter les décisions d’investissement, soutenir la croissance des entreprises et renforcer les capacités de production ainsi que les compétences locales.
Cette orientation s’inscrit dans les priorités du Groupe de la BAD en matière de mobilisation des capitaux, de renforcement des institutions financières, de création d’emplois productifs, d’infrastructures résilientes et de développement des chaînes de valeur locales.
L’Afrique veut faire de la circularité un moteur de développement
La BAD considère l’économie circulaire comme un levier permettant au continent de créer davantage de valeur à partir de ses ressources et de renforcer son industrialisation.
L’Inde estime, à titre de comparaison, que son économie circulaire pourrait dépasser 2 000 milliards de dollars et générer près de 10 millions d’emplois d’ici 2050.
La coopération Sud-Sud et le financement des projets seront donc déterminants pour permettre à l’Afrique de développer ce potentiel.
L’Afrique avait accueilli la première édition du Forum mondial de l’économie circulaire en 2022 à Kigali, au Rwanda. De son côté, l’ACEA, composée de 23 pays membres et de plus de 20 partenaires stratégiques, porte les priorités africaines relatives aux minéraux critiques, à l’harmonisation réglementaire, à l’élargissement des marchés régionaux et à une industrialisation circulaire présentée comme juste et inclusive.







