Énergie : la Guinée veut accélérer les projets de la BID pour accompagner Simandou 2040
La Guinée veut changer de rythme dans la mise en œuvre de ses projets énergétiques. À Conakry, le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, a présidé la réunion de restitution de la mission d’évaluation du portefeuille de la Banque islamique de développement (BID) consacré au secteur de l’énergie.
En sa qualité de gouverneur représentant la Guinée auprès de l’institution, le ministre était accompagné de son homologue de l’Énergie, Laye Sékou Camara, ainsi que des responsables des unités de gestion des projets.
L’évaluation, qui couvre les investissements réalisés entre 2013 et 2025, livre un bilan globalement satisfaisant. Mais elle met également en évidence un défi désormais central pour Conakry : réduire les délais de mise en œuvre des projets afin que l’offre énergétique puisse suivre le rythme de transformation économique du pays.
337 millions de dollars mobilisés autour de quatre projets
La mission d’évaluation s’est penchée sur quatre projets énergétiques majeurs, représentant un financement total d’environ 337 millions de dollars.
Deux opérations sont aujourd’hui achevées. Il s’agit d’abord du projet d’interconnexion de l’OMVG, finalisé en 2024. Cette opération bénéficiait d’un financement global de 77 millions d’euros, dont 63,7 millions d’euros avaient été décaissés.
Le second est le PRELEC 2, clôturé en 2025. Le projet représentait un financement de 82 millions de dollars, dont près de 80 millions de dollars ont été effectivement versés.
Deux autres opérations sont en cours de lancement ou de déploiement : le Projet d’amélioration de l’accès à l’électricité (PAEG), doté de 90 millions de dollars, dont la mise en œuvre a débuté en février 2024, et la future centrale thermique de Kankan, d’une puissance initiale de 40 MW, dont le processus de préqualification et de passation des marchés est engagé depuis son démarrage en avril 2026.
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PRELEC 2 : des résultats déjà visibles sur la qualité de l’électricité
L’un des principaux enseignements de l’évaluation concerne l’impact des projets déjà réalisés.
Dans la zone d’intervention du PRELEC 2, le nombre annuel de coupures serait passé d’environ 930 à 400. Dans le même temps, les périodes d’indisponibilité ont fortement diminué, passant de près de 10 000 heures à environ 3 000 heures.
Ces résultats illustrent l’importance des investissements dans les réseaux, au-delà de la seule augmentation de la capacité de production.
La visite du poste électrique de Linsan a également permis à la mission de mesurer l’importance stratégique des infrastructures réalisées dans le cadre de l’interconnexion de l’OMVG. Le poste constitue un point essentiel du réseau guinéen, en facilitant l’acheminement de l’électricité vers plusieurs régions et les échanges avec les réseaux électriques des pays voisins.
L’enjeu n’est donc plus uniquement de produire davantage, mais aussi de disposer d’un réseau capable de transporter et de distribuer efficacement l’électricité.
Kankan devient le projet à accélérer
Malgré ce bilan positif, la mission a identifié un point de vigilance majeur : les délais de réalisation des projets.
La centrale thermique de Kankan, d’une capacité prévue de 40 MW, apparaît désormais comme l’une des priorités du secteur. Le projet se trouve dans une phase de préqualification et de passation des marchés, mais les autorités souhaitent accélérer les procédures afin de permettre le démarrage effectif des travaux dans les meilleurs délais.
Une autre interrogation concerne déjà la capacité de l’infrastructure.
Pour le ministre de l’Énergie, Laye Sékou Camara, les 40 MW pourraient ne pas suffire à moyen terme, compte tenu de l’évolution attendue de la demande d’électricité et des besoins des localités concernées.
Cette position traduit une nouvelle problématique pour la Guinée : concevoir aujourd’hui les infrastructures en tenant compte de la demande de demain.
L’objectif serait ainsi d’étudier la possibilité d’une augmentation de capacité afin d’éviter qu’une infrastructure nouvellement mise en service ne se retrouve rapidement en décalage avec les besoins du territoire.
Anticiper la demande plutôt que la subir
Le débat autour de Kankan révèle une question plus large sur la politique énergétique guinéenne.
Avec l’industrialisation attendue du pays, notamment dans le cadre du programme Simandou 2040, les besoins en électricité devraient progressivement changer d’échelle. Les infrastructures devront répondre non seulement aux besoins domestiques, mais également à ceux des activités industrielles, minières, commerciales et urbaines.
Dans ce contexte, le ministre Laye Sékou Camara a proposé la mise en place de centres de répartition de la distribution, notamment à Kankan.
Ces installations permettraient d’améliorer la surveillance en temps réel du réseau, de détecter plus rapidement les pannes et de réduire les délais d’intervention des équipes techniques.
Une approche qui traduit une évolution des priorités : augmenter la production reste nécessaire, mais la fiabilité de la distribution devient tout aussi stratégique.
« Rien ne saurait s’accomplir sans l’énergie »
Pour Ismaël Nabé, les conclusions de l’évaluation doivent servir de base à une nouvelle manière de piloter les investissements publics et les financements extérieurs.
Le ministre a salué le travail réalisé par les équipes de la BID et les responsables des projets, tout en souhaitant que ce type d’exercice soit progressivement étendu aux autres secteurs d’intervention de la banque.
L’objectif est de disposer d’une lecture plus précise de l’impact des financements, d’identifier les blocages dans l’exécution et d’améliorer l’orientation des futurs investissements.
Cette volonté prend une dimension particulière avec Simandou 2040, programme qui place l’industrialisation et la transformation économique au cœur de la trajectoire de développement de la Guinée.
« Rien ne saurait s’accomplir sans l’énergie », a rappelé Ismaël Nabé.
Derrière cette formule se trouve l’un des principaux défis économiques du pays : la disponibilité d’une électricité abondante, fiable et compétitive conditionnera une partie de la capacité de la Guinée à transformer ses ressources naturelles en activités industrielles et en emplois.
La Guinée veut raccourcir le cycle des projets
Le ministre du Plan a également appelé à une réflexion sur la rationalisation des procédures d’appel d’offres, de lancement et de réalisation des projets.
Il ne s’agit pas, selon lui, de remettre en cause les exigences de contrôle ou les principes de bonne gouvernance. L’objectif est plutôt d’adapter les processus à l’urgence et à l’ampleur des besoins auxquels le pays est désormais confronté.
Pour les autorités, des délais de plusieurs années entre la conception d’un projet et sa concrétisation deviennent difficiles à concilier avec le rythme de transformation économique de la Guinée.
Cette problématique concerne directement les bailleurs de fonds, mais aussi l’administration guinéenne : la capacité à absorber rapidement les financements disponibles devient elle-même un facteur de performance de la politique publique.
BID et gouvernement veulent fluidifier les procédures
À l’issue de la mission, les autorités guinéennes et la BID entendent renforcer leur collaboration pour accélérer les opérations en cours.
Une attention particulière sera accordée à la centrale de Kankan, aux projets d’extension des réseaux électriques et aux autres interventions actuellement engagées.
Le bilan réalisé entre 2013 et 2025 montre ainsi que les financements de la BID peuvent produire des résultats tangibles lorsqu’ils aboutissent à leur phase opérationnelle. Mais la prochaine étape sera de réduire le temps nécessaire pour transformer les engagements financiers en infrastructures effectivement fonctionnelles.
Pour la Guinée, le défi énergétique est désormais indissociable de son ambition industrielle. La réussite de Simandou 2040 dépendra autant de la capacité à mobiliser des capitaux que de celle à construire, dans les délais, les infrastructures énergétiques capables d’accompagner la nouvelle demande.






