Ninety One mise 404 millions de dollars sur l’Afrique
Le crédit privé africain attire de plus en plus les investisseurs internationaux. La société britannique de gestion d’actifs Ninety One vient d’illustrer cette tendance avec la clôture de son troisième véhicule consacré au crédit privé sur le continent.
Le groupe a annoncé, le 18 août 2026, la clôture finale de son Africa Credit Opportunities 3 (ACO3 Fund) à 404 millions de dollars, effet de levier compris.
Cette nouvelle levée confirme l’intérêt croissant des investisseurs institutionnels pour les entreprises et les infrastructures africaines, dans un contexte marqué par un déficit persistant de financement.
Des investisseurs institutionnels de plusieurs continents
Le fonds a attiré des investisseurs institutionnels provenant notamment d’Afrique, d’Europe, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada.
Parmi eux figurent différents profils d’investisseurs, allant des fonds de pension aux family offices, en passant par les institutions de financement du développement.
Cette diversité témoigne de l’intérêt croissant pour les stratégies de dette privée sur les marchés émergents.
Pour Ninety One, l’objectif consiste à profiter des besoins considérables de financement des économies africaines tout en proposant aux investisseurs une exposition à des actifs susceptibles de générer des rendements attractifs.
Un déficit de financement qui profite au crédit privé
Le succès de cette levée s’inscrit dans un contexte où les besoins de financement des entreprises et des infrastructures africaines restent considérables.
Le fonds cible principalement des entreprises établies et des infrastructures essentielles dans les économies africaines et d’autres marchés émergents.
« Nous continuons de constater un déficit de financement significatif pour les entreprises et les projets d’infrastructures de haute qualité à travers l’Afrique », explique Nathaniel Micklem, co-responsable de l’initiative Emerging Market Alternative Credit de Ninety One.
Cette situation crée un espace pour les acteurs du crédit privé, capables de proposer des financements en complément des banques traditionnelles et des marchés obligataires.
Plus de 30 investissements réalisés
Le portefeuille de la stratégie affiche déjà une certaine diversification.
Depuis sa première clôture, à 260 millions de dollars en novembre 2024, le portefeuille a réalisé plus de 30 investissements répartis en Afrique, mais également en Amérique latine, en Asie et en Europe centrale et orientale.
Les secteurs ciblés sont variés : télécommunications, services financiers, santé, industrie, biens de consommation et matériaux.
Cette diversification permet au fonds de répartir son exposition entre plusieurs secteurs et différentes économies émergentes.
Le Ghana et la connectivité numérique parmi les opérations
Certaines opérations illustrent directement la vocation du fonds à financer des activités à impact économique.
Ninety One cite notamment le financement accordé au Ghana Cocoa Board (COCOBOD) pour des projets d’irrigation devant bénéficier à environ 800 000 familles d’agriculteurs.
Le fonds a également accordé un prêt au groupe Paratus afin de soutenir le développement de la connectivité numérique en Afrique australe, notamment en Angola, en Namibie et en Afrique du Sud.
Ces opérations montrent que le crédit privé peut intervenir sur des secteurs stratégiques pour le développement économique du continent.
Une alternative aux banques et aux marchés de capitaux
Pour les entreprises africaines, l’essor du crédit privé ouvre une nouvelle source de financement.
Les banques restent des acteurs essentiels du financement de l’économie, mais leurs capacités peuvent être limitées par les exigences prudentielles, les contraintes de liquidité ou la taille des projets.
Les marchés de capitaux, de leur côté, ne sont pas accessibles à toutes les entreprises.
Le crédit privé peut donc combler une partie de cet écart en proposant des financements plus adaptés à certaines entreprises ou infrastructures.
Des opportunités, mais aussi davantage de risques
L’intérêt des investisseurs pour cette classe d’actifs ne doit toutefois pas masquer les risques.
Les investissements en crédit privé sur les marchés émergents peuvent être exposés aux risques de crédit, de change, de liquidité et aux risques macroéconomiques et politiques.
Pour les investisseurs, les rendements potentiellement supérieurs doivent donc être mis en balance avec une complexité et un niveau de risque généralement plus élevés.
Pour les économies africaines, l’enjeu consiste parallèlement à attirer ces capitaux sans créer une dépendance excessive à des financements coûteux.
Le financement alternatif gagne du terrain en Afrique
La levée de 404 millions de dollars réalisée par Ninety One constitue ainsi un signal supplémentaire sur l’évolution du paysage financier africain.
Le déficit de capitaux dont souffrent encore de nombreuses entreprises et infrastructures crée un marché important pour les fonds spécialisés dans la dette privée.
Avec ACO3, Ninety One confirme ainsi une tendance de fond : le crédit privé est progressivement en train de devenir une composante à part entière du financement des économies africaines, en complément des banques, des marchés obligataires et des institutions de développement.







