Zambie : une opération inédite de « swap dette-énergie » pour financer son secteur électrique
La Zambie vient de réaliser une opération financière innovante en transformant une partie des économies issues de la gestion de sa dette publique en investissements dans le secteur énergétique. Baptisée « swap dette-énergie », cette initiative pourrait ouvrir une nouvelle voie pour les pays africains confrontés à la fois à des niveaux d’endettement élevés et à d’importants besoins en infrastructures.
Soutenue par la Banque africaine de développement (BAD), l’opération combine restructuration de dette et financement du développement dans un même mécanisme.
Une opération de 600 millions de dollars structurée autour de la dette souveraine
Concrètement, la Zambie a obtenu un prêt de 600 millions de dollars de la BAD afin de racheter de manière anticipée une obligation souveraine d’un montant nominal de 1,36 milliard de dollars, dont l’échéance était initialement fixée à 2053.
Le rachat a été négocié à environ 1,1 milliard de dollars, le reste étant couvert par les ressources de l’État, notamment grâce aux revenus du cuivre, pilier de l’économie zambienne.
Cette opération permet au pays de réaliser environ 275 millions de dollars d’économies sur le service de la dette.
275 millions de dollars réorientés vers l’énergie
L’élément central du dispositif réside dans l’utilisation de ces économies. La Zambie s’est engagée à réinvestir l’intégralité de ces ressources sur une période de quinze ans dans la modernisation et l’extension de son réseau électrique national.
Ce mécanisme transforme ainsi un gain financier issu de la gestion de la dette en investissement direct dans une infrastructure stratégique pour le développement économique.
Un mécanisme de « debt-for-development swap »
Cette opération relève d’un mécanisme appelé debt-for-development swap, ou échange dette-développement.
Si des dispositifs similaires ont déjà été utilisés dans les domaines de l’environnement ou de la conservation, leur application au secteur énergétique en Afrique constitue une première, selon les acteurs impliqués.
L’intérêt de ce modèle est de combiner réduction de la dette et financement ciblé du développement, en orientant les économies réalisées vers des projets mesurables et structurants.
Lire aussi : Afrique : le Nigeria et le Sénégal misent sur les swaps
Un enjeu crucial pour le développement énergétique du pays
La Zambie fait face à un déficit important d’accès à l’électricité : environ la moitié de la population n’est pas raccordée au réseau.
Cette situation pèse sur le développement économique, notamment dans un pays dont l’économie repose largement sur le secteur minier, en particulier la production de cuivre.
Or, la stabilité de l’approvisionnement électrique est essentielle pour soutenir cette industrie, dans un contexte de forte demande mondiale en cuivre liée à la transition énergétique et au développement des technologies vertes.
Une opération structurée avec l’appui de Lazard et de la BAD
La structuration de l’opération a été accompagnée par la banque Lazard, qui a joué un rôle de conseil auprès du gouvernement zambien dans les négociations avec les investisseurs obligataires.
La Banque africaine de développement, de son côté, a apporté le financement permettant de racheter la dette et de sécuriser l’opération.
Le succès de l’opération a permis de retirer l’obligation du marché, malgré certaines réticences initiales de détenteurs de titres.
Un modèle après la restructuration de la dette zambienne
Cette initiative intervient dans un contexte de stabilisation progressive de la situation macroéconomique de la Zambie, après son défaut souverain de 2020.
Depuis la restructuration de sa dette dans le cadre du G20, le pays a enregistré une amélioration de ses réserves de change, un recul de l’inflation et une appréciation de sa monnaie nationale.
L’agence de notation S&P a qualifié l’opération de gestion active du passif, tout en soulignant que la Zambie aurait pu honorer son obligation sans recourir à ce rachat.
Vers un modèle reproductible en Afrique ?
Au-delà du cas zambien, cette opération suscite un intérêt croissant dans les milieux financiers et institutionnels.
De nombreux pays africains font face à une double contrainte : une dette élevée et des besoins massifs en infrastructures, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et des transports.
Le modèle zambien montre qu’il est possible de transformer une opération de gestion de dette en levier direct de développement, à condition de réunir des financements concessionnels, une stabilité macroéconomique suffisante et la confiance des investisseurs.
Une nouvelle génération de financements du développement
Si elle est reproduite à plus grande échelle, cette approche pourrait marquer l’émergence d’une nouvelle génération d’opérations financières en Afrique, où la soutenabilité de la dette serait directement liée au financement d’infrastructures stratégiques.
Dans ce schéma, la réduction de la dette ne serait plus seulement un objectif budgétaire, mais également un outil concret de transformation économique et sociale.







