Côte d’Ivoire : l’État renforce son contrôle sur le nickel en portant sa participation dans la CMB à 25 %
La Côte d’Ivoire poursuit sa stratégie de souveraineté sur ses ressources minières. Réuni en Conseil des ministres, le gouvernement a validé l’augmentation de la participation directe de l’État dans la Compagnie Minière du Bafing (CMB), spécialisée dans l’exploitation et la commercialisation du nickel. Cette opération porte la part de l’État de 10 % à 25 % du capital de l’entreprise, marquant une nouvelle étape dans le renforcement de la présence publique au sein des projets miniers stratégiques du pays.
Une opération de 3,5 milliards FCFA pour accroître l’influence de l’État
Dans le cadre de cette montée au capital, l’État ivoirien a acquis 1 500 actions supplémentaires pour un montant total de 3,5 milliards de FCFA. Ces titres ont été rachetés auprès de l’actionnaire majoritaire de la société.
Avec cette opération, la participation publique atteint désormais 30 % du capital lorsque l’on intègre les 5 % détenus par SODEMI, le bras opérationnel de l’État dans le secteur minier. L’actionnaire privé conserve quant à lui 70 % des parts de la société.
Le principal investisseur de la CMB est CoreX Resources B.V., filiale du groupe turc CoreX Holding, qui avait finalisé l’acquisition des parts majoritaires de l’entreprise à la fin de l’année 2024.
Le nickel du Bafing au cœur des ambitions minières ivoiriennes
La Compagnie Minière du Bafing exploite principalement les gisements de nickel à ciel ouvert de Foungouesso et Moyango, situés dans la région du Bafing, au nord-ouest du pays.
Ces actifs font partie des plus importants projets de nickel de type DSO (Direct Shipping Ore) du continent africain. Toutefois, l’année 2024 a été marquée par un ralentissement significatif de l’activité.
La production minière est tombée à 1,48 million de tonnes de minerai extrait, contre un niveau nettement supérieur en 2023, soit une baisse de 43 %. Dans le même temps, les coûts de production ont progressé de près de 40 %, atteignant 3 287 FCFA par tonne, sous l’effet d’un taux de stérile plus élevé.
Des résultats financiers pénalisés par la baisse des cours du nickel
La contraction de l’activité s’est également reflétée dans les exportations. En 2024, la CMB a exporté 1,36 million de tonnes de minerai, contre 2,25 millions de tonnes un an plus tôt, soit une diminution de 40 %.
Cette baisse des volumes, combinée au recul des cours internationaux du nickel (-8,37 %), a fortement affecté les performances financières de l’entreprise.
Le chiffre d’affaires s’est établi à 31,67 milliards de FCFA, en recul de 43,4 % par rapport aux 55,92 milliards de FCFA enregistrés en 2023. La société a clôturé l’exercice sur une perte nette de 6,27 milliards de FCFA, alors qu’elle affichait encore un bénéfice de 287 millions de FCFA l’année précédente.
Un secteur minier devenu stratégique pour l’économie ivoirienne
Cette montée au capital intervient dans un contexte de forte expansion du secteur minier ivoirien. Depuis plus d’une décennie, les autorités multiplient les réformes pour accroître les retombées économiques de l’exploitation des ressources naturelles.
Les recettes fiscales issues du secteur minier sont ainsi passées de niveaux modestes à 372 milliards de FCFA en 2023, soit une multiplication par vingt depuis 2012. Aujourd’hui, l’industrie extractive représente environ 13 % des exportations nationales et contribue à hauteur de 5 % au produit intérieur brut (PIB).
Parallèlement, la production d’or brut a connu une croissance spectaculaire, passant de 12,4 tonnes en 2011 à 59,1 tonnes en 2024.
Des ressources considérables pour soutenir la croissance
Le sous-sol ivoirien dispose d’un potentiel minier particulièrement important. Les estimations officielles font état d’au moins 600 tonnes de réserves aurifères, de 260 millions de tonnes de nickel, de plus d’un milliard de tonnes de bauxite et de près de quatre milliards de tonnes de minerai de fer encore largement inexploitées.
Grâce à cette richesse géologique et à l’amélioration du climat d’investissement, la Côte d’Ivoire s’est imposée en 2025 comme la première destination africaine pour les investissements dans l’exploration minière.
Le gouvernement ambitionne désormais de porter la production d’or à 100 tonnes par an d’ici 2030, contre environ 60 tonnes actuellement. Plus largement, les autorités prévoient un doublement de la production minière nationale à l’horizon 2030, avec une implication croissante de l’État dans les projets stratégiques afin de maximiser les retombées économiques pour le pays.
Cette prise de participation renforcée dans la Compagnie Minière du Bafing illustre ainsi la volonté d’Abidjan de mieux valoriser ses ressources naturelles tout en consolidant sa place parmi les grandes puissances minières du continent africain.







