Cemac : la BEAC suspend temporairement un levier clé de financement de l’industrialisation
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé de suspendre provisoirement les opérations de son guichet spécial de refinancement dédié aux crédits à moyen terme destinés aux investissements productifs. Cette décision, prise lors du Comité de politique monétaire (CPM) du 2 avril 2026 à Yaoundé, vise à moderniser un mécanisme considéré comme stratégique pour le financement de l’économie réelle dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).
Cette suspension intervient alors que ce dispositif connaissait un regain d’intérêt de la part des banques commerciales, notamment pour le financement de grands projets industriels, miniers et d’infrastructures dans la sous-région.
Une suspension provisoire pour réformer un mécanisme ancien
Selon des sources internes à la banque centrale, il ne s’agit pas d’une suppression du dispositif mais d’une interruption temporaire destinée à revoir son mode de fonctionnement.
La BEAC continue ainsi de traiter les demandes déjà enregistrées avant la décision de suspension, mais n’accepte plus de nouveaux dossiers de refinancement jusqu’à la finalisation de la réforme.
Cette orientation avait déjà été annoncée en septembre 2025 par le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, qui plaidait pour une adaptation du mécanisme aux réalités économiques actuelles de la Cemac.
Un instrument conçu pour soutenir les investissements productifs
Le marché monétaire de la Cemac repose sur deux principaux compartiments : le marché interbancaire, où les banques se refinancent entre elles, et les interventions directes de la BEAC à travers deux guichets distincts.
Le guichet A est consacré aux opérations classiques d’injection et de reprise de liquidité. Le guichet B, désormais appelé guichet spécial de refinancement, est quant à lui destiné au refinancement des crédits à moyen terme accordés aux entreprises pour financer des projets productifs.
Les textes en vigueur prévoient que la banque centrale puisse financer jusqu’à 60 % du coût total d’un projet. Les demandes inférieures ou égales à 20 milliards de FCFA relèvent de la compétence du gouverneur de la BEAC, tandis que les montants supérieurs nécessitent l’approbation du Comité de politique monétaire.
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Un regain d’intérêt des banques depuis 2025
Longtemps sous-utilisé par les établissements de crédit, le guichet spécial de refinancement a commencé à attirer davantage l’attention des banques après une campagne de sensibilisation menée par la BEAC en juin 2025 à Bangui.
À cette occasion, la banque centrale avait constaté que de nombreux acteurs bancaires ignoraient encore l’existence de cet outil de financement pourtant disponible depuis plusieurs décennies.
Les résultats de cette opération de promotion n’ont pas tardé à se faire sentir. Plusieurs banques ont rapidement sollicité le refinancement de projets structurants dans les secteurs minier, industriel et des télécommunications.
Plus de 100 milliards de FCFA mobilisés pour des projets stratégiques
Au cours de l’année 2025, la BEAC a notamment validé le refinancement de 41,2 milliards de FCFA destinés à soutenir le développement du projet d’exploitation du gisement de fer de Bipindi-Grand-Zambi au Cameroun.
L’institution a également approuvé le refinancement de 31,3 milliards de FCFA pour accompagner le programme d’investissement de l’opérateur public des télécommunications Camtel.
Par ailleurs, CCA Bank a obtenu l’autorisation de lever 30 milliards de FCFA auprès de la banque centrale pour participer au financement d’un projet minier au Congo. De son côté, Afriland First Bank a sollicité le refinancement d’un crédit de 20 milliards de FCFA destiné à la construction d’une huilerie pour Sodecoton.
Un frein temporaire pour les ambitions industrielles de la Cemac
La suspension du guichet spécial de refinancement intervient dans un contexte où les États de la Cemac cherchent à accélérer leur industrialisation et à réduire leur dépendance aux importations.
Si la réforme envisagée par la BEAC pourrait permettre de rendre le mécanisme plus efficace et mieux adapté aux besoins actuels du marché, son interruption temporaire prive néanmoins les banques commerciales et les industriels d’un instrument de financement particulièrement important pour la réalisation de projets structurants.
Pour les acteurs économiques de la sous-région, l’enjeu sera désormais de connaître les contours de la future réforme et les conditions de réouverture de ce guichet, devenu en quelques mois un levier majeur du financement de l’investissement productif dans la Cemac.







