Minerais critiques : l’AFD plaide pour des chaînes de valeur plus résilientes
La montée en puissance de la transition énergétique mondiale accentue la pression sur les minerais critiques tels que le lithium, le cobalt, le nickel ou encore les terres rares. Indispensables à la fabrication des batteries, des véhicules électriques, des éoliennes et des équipements numériques, ces ressources sont désormais au cœur des enjeux de souveraineté industrielle et de sécurité d’approvisionnement.
À l’occasion d’une conférence organisée par le groupe Agence Française de Développement en marge des travaux du G7, experts et décideurs ont examiné les défis liés à l’accès à ces matières premières stratégiques et identifié plusieurs pistes pour renforcer la résilience des chaînes de valeur mondiales.
Une demande en forte progression
Selon les dernières données de l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de lithium a bondi de près de 30 % en 2024. Dans le même temps, les besoins en nickel, cobalt, graphite et terres rares ont progressé de 6 à 8 %.
Cette dynamique est portée par l’essor des technologies bas carbone, mais également par la croissance des secteurs du numérique, des télécommunications, de la défense et des infrastructures énergétiques. Ces minerais sont devenus des composants essentiels de l’économie mondiale, ce qui renforce leur importance géostratégique.
Des tensions géopolitiques qui fragilisent les approvisionnements
L’accès à ces ressources est toutefois confronté à plusieurs contraintes. Les capacités d’extraction demeurent limitées, certaines filières industrielles restent insuffisamment développées et plusieurs pays producteurs cherchent à mieux contrôler leurs exportations.
Les restrictions temporaires imposées par la Chine sur certaines matières stratégiques ont illustré la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales et ravivé les préoccupations des pays importateurs.
Pour réduire leur dépendance, plusieurs économies développées ont lancé des stratégies spécifiques. L’Union européenne a notamment adopté le Critical Raw Materials Act, qui vise à limiter la dépendance à un fournisseur unique pour les matières premières stratégiques.
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L’enjeu clé : développer des chaînes de valeur locales
Au-delà de l’extraction, les experts soulignent la nécessité de développer des capacités locales de raffinage, de transformation et de fabrication.
De nombreux pays riches en ressources minières continuent en effet d’exporter principalement des matières premières brutes, captant une faible part de la valeur ajoutée générée par les chaînes industrielles mondiales.
C’est notamment le cas de la République démocratique du Congo, qui détient d’importantes réserves de cobalt, ou encore de la Bolivie, riche en lithium. Pour ces pays, le défi consiste à transformer leurs ressources naturelles en levier de développement industriel durable.
Un rôle accru pour les banques de développement
Les projets miniers nécessitent des investissements considérables et présentent souvent des risques élevés liés aux fluctuations des prix, aux contraintes technologiques ou aux délais de rentabilité.
Dans ce contexte, les banques publiques de développement et les institutions financières internationales sont appelées à jouer un rôle central. Elles peuvent contribuer à réduire les risques pour les investisseurs privés, mobiliser des financements à long terme et promouvoir des standards environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) plus exigeants.
Le groupe Agence Française de Développement a ainsi identifié quatre axes prioritaires : le financement d’infrastructures durables, le renforcement de la gouvernance, le soutien aux chaînes de valeur locales et l’accompagnement des projets d’extraction et de transformation.
Vers de nouveaux partenariats entre producteurs et consommateurs
Pour les experts réunis autour de l’AFD, l’avenir des minerais critiques repose sur la mise en place de partenariats plus équilibrés entre pays producteurs et pays consommateurs.
Ces partenariats devraient favoriser la transformation locale des ressources, le transfert de technologies, la formation des compétences et la création d’emplois industriels. Ils passeraient également par des engagements d’achat à long terme afin de sécuriser les investissements nécessaires au développement de filières minières responsables.
Dans un contexte de transition énergétique mondiale, les minerais critiques apparaissent désormais comme un enjeu majeur de développement économique, de souveraineté industrielle et de coopération internationale. Pour les pays producteurs, l’objectif n’est plus seulement d’exporter des matières premières, mais de s’insérer durablement dans les chaînes de valeur mondiales afin de capter une part plus importante des retombées économiques de la transition verte.







