BAD : la NAFAD veut mobiliser les capitaux africains pour combler un déficit de financement de 400 milliards $
Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a réuni à Brazzaville responsables politiques, investisseurs et dirigeants du secteur privé autour d’un enjeu central : comment mobiliser les capitaux nécessaires pour accélérer la croissance économique du continent africain.
Au cœur des discussions organisées le 28 mai en marge des Assemblées annuelles de l’institution figurait la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), présentée comme une réponse stratégique au déficit annuel de financement de l’Afrique, estimé à près de 400 milliards de dollars.
La NAFAD pour renforcer l’autonomie financière de l’Afrique
Approuvée par l’Union africaine en février 2026, la NAFAD ambitionne de transformer le financement du développement africain en s’appuyant davantage sur les ressources internes du continent. Le mécanisme vise notamment à mobiliser l’épargne domestique, renforcer les systèmes africains de garanties et de partage des risques, ainsi qu’à développer les marchés de capitaux locaux.
Lors d’une session consacrée à la mobilisation des capitaux à grande échelle, Solomon Quaynor, vice-président chargé du secteur privé, de l’infrastructure et de l’industrialisation de la BAD, a expliqué que l’Afrique devait désormais mieux structurer ses sources de financement.
« Nous devons trouver la charge de base et la charge de pointe. La charge de base doit provenir des capitaux institutionnels africains, tandis que la charge de pointe doit venir des investisseurs internationaux », a-t-il déclaré.
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Le manque de projets bancables reste un frein majeur
Les échanges ont également mis en lumière les principaux obstacles à l’investissement privé en Afrique. Pour Alain Ebobissé, directeur général d’Africa50, le principal défi n’est pas l’absence de liquidités, mais le manque de projets suffisamment structurés pour attirer les investisseurs.
« Pour faire bouger les choses, il nous faut de l’envergure », a-t-il souligné.
De son côté, Alexandra Celestin, responsable pays de la Banque mondiale pour le Congo, a insisté sur l’importance de l’harmonisation régionale et de la mise en œuvre concrète des réformes plutôt que sur des transformations institutionnelles trop ambitieuses.
Les marchés financiers africains au centre de la stratégie
Le président du groupe Trade and Development Bank (TDB), Admassu Tadesse, a plaidé pour un approfondissement des marchés financiers africains afin d’améliorer la liquidité et d’attirer davantage d’investisseurs internationaux.
Selon lui, la capacité des investisseurs à entrer et sortir facilement des marchés constitue un facteur clé d’attractivité. Il a notamment cité l’exemple de l’Afrique du Sud, où les investisseurs étrangers achètent déjà des obligations libellées en monnaie locale.
Le ministre centrafricain des Finances, Hervé Ndoba, a pour sa part mis en avant le potentiel de la digitalisation et de l’intelligence artificielle pour améliorer la collecte des recettes fiscales et renforcer les capacités budgétaires des États africains.
Le risque perçu reste le principal obstacle aux investissements
Au cours de la seconde table ronde consacrée aux capitaux privés et institutionnels inexploités, un consensus s’est dégagé autour d’un obstacle majeur : la perception du risque africain.
Shanti Bobin, responsable des Affaires financières multilatérales à la Direction générale du Trésor français, a estimé qu’une meilleure coordination entre bailleurs multilatéraux et institutions de développement était nécessaire afin de rassurer les investisseurs privés.
Pour Ziad Oueslati, cofondateur d’AfricInvest Group, l’Afrique dispose pourtant d’importantes ressources financières locales.
« Aujourd’hui, près de 1 000 milliards de dollars sont détenus par les fonds souverains, les compagnies d’assurance et les fonds de pension africains. Si seulement 5 % de ces montants étaient mobilisés, cela représenterait environ 50 milliards de dollars », a-t-il indiqué.
Les garanties au cœur du dispositif
Le président de l’African Guarantee Fund (AGF), Felix Bikpo, a insisté sur le rôle déterminant des mécanismes de garantie et de partage des risques dans la mobilisation des financements privés.
Selon lui, près de 4 000 milliards de dollars de ressources financières sont disponibles en Afrique, dont une large partie reste inactive dans les systèmes bancaires.
« Si nous réduisons le risque perçu, les banques seront davantage disposées à financer les PME », a-t-il expliqué.
L’AGF mise ainsi sur des mécanismes de garantie utilisant des capitaux publics pour absorber les premières pertes et rendre les investissements plus attractifs pour les fonds de pension, les investisseurs d’impact et les acteurs philanthropiques.
La BAD veut accélérer la mobilisation des capitaux africains
En conclusion des échanges, Solomon Quaynor a réaffirmé la volonté de la Banque africaine de développement de renforcer les instruments africains de garantie et de financement du commerce, notamment à travers un soutien accru à l’ATIDI (Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique).
À travers la NAFAD, la BAD ambitionne désormais de faire émerger une architecture financière africaine capable de réduire la dépendance du continent aux financements extérieurs et de soutenir durablement la croissance, l’industrialisation et le développement des PME africaines.







