Le Groupe de la Banque africaine de développement et le Forum économique mondial (FEM) ont lancé, mercredi, la « Humanitarian and Resilience Investing (HRI) Roadmap for Africa », une nouvelle feuille de route destinée à mobiliser davantage d’investissements privés dans les économies africaines fragiles et les marchés frontières.
Présentée lors des Assemblées annuelles 2026 de la Banque africaine de développement à Brazzaville, cette initiative vise à canaliser des capitaux commerciaux et catalytiques vers les pays africains les moins desservis par les investisseurs internationaux.
Réduire le déficit de financement de l’Afrique
La nouvelle feuille de route répond à un défi majeur : le déficit annuel de financement du développement en Afrique, estimé à environ 400 milliards de dollars.
Malgré son poids démographique, le continent attire encore une part très limitée des investissements mondiaux. Selon les données présentées lors du lancement :
- l’Afrique représente 17 % de la population mondiale ;
- mais ne capte que 3,5 % des investissements directs étrangers mondiaux ;
- et moins de 2 % du capital-risque mondial.
La baisse progressive de l’aide publique au développement et les nouvelles tensions géopolitiques renforcent également la nécessité pour les pays africains de trouver de nouvelles sources de financement.
Une approche basée sur l’investissement plutôt que l’aide
S’exprimant au nom du président du Groupe de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, la vice-présidente principale de l’institution, Marie-Laure Akin-Olugbade, a plaidé pour un changement de modèle.
« Le moment est venu d’opérer un changement de paradigme en passant d’une dépendance à l’aide à un développement tiré par l’investissement », a-t-elle déclaré.
Selon elle, la feuille de route HRI doit permettre de mieux coordonner les interventions publiques et privées afin de renforcer l’attractivité des États fragiles et des marchés frontières africains.
La responsable a également insisté sur le rôle de la finance publique et des institutions de développement, qui doivent agir comme catalyseurs plutôt que comme substituts aux investissements privés.
Des projets pilotes déjà en cours
Plusieurs projets pilotes sont déjà déployés dans certains pays africains considérés comme prioritaires, notamment :
- le Liberia ;
- la Somalie ;
- le Mozambique ;
- Djibouti.
L’objectif est de tester de nouveaux mécanismes de financement adaptés aux environnements économiques fragiles et aux zones à faible accès aux capitaux privés.
Le Forum économique mondial veut dépasser la fragmentation
Pour Sheba Crocker, directrice générale du Forum économique mondial, les économies vulnérables ont besoin de solutions durables dépassant le cadre de l’aide humanitaire classique.
« Les communautés les plus vulnérables du monde méritent plus qu’une simple aide d’urgence : elles méritent des investissements dans les entreprises et les économies qui leur permettront de prospérer », a-t-elle affirmé.
Le Forum économique mondial souligne que cette feuille de route s’appuie sur une coalition de plus de 100 partenaires internationaux.
La Somalie appelle à davantage de mécanismes de “derisking”
Lors d’une table ronde consacrée aux investissements dans les marchés frontières africains, le ministre somalien des Finances, Bihi Iman Egeh, a expliqué que le principal frein au développement économique de son pays restait le manque de mécanismes de réduction des risques (« derisking »).
Il a également évoqué les difficultés d’accès au système bancaire international et aux réseaux de correspondance bancaire, qui limitent fortement les échanges financiers et commerciaux.
Le numérique et les infrastructures au cœur de la résilience
La directrice Afrique de l’Est et Afrique australe du Fonds international de développement agricole (FIDA), Sara Mbago-Bhunu, a insisté sur l’importance des outils numériques et des infrastructures pour soutenir les économies rurales et périurbaines.
Elle a notamment cité l’exemple de programmes de bons numériques déployés avec des banques commerciales au Kenya pour soutenir les petits exploitants agricoles.
De son côté, Chris Bold, représentant du Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) britannique, a souligné que le développement des marchés financiers africains dépendait autant des réformes réglementaires que de l’apport de capitaux.
Il a pris pour exemple le succès du système de paiement mobile M-Pesa au Kenya.
Une feuille de route alignée sur la stratégie de la BAD
Présentée par l’économiste en chef chargé de la fragilité et de la résilience à la Banque africaine de développement, Bumi Camara, la feuille de route HRI s’inscrit dans les priorités stratégiques du Groupe de la Banque.
Elle s’aligne notamment sur :
- les « Quatre Points cardinaux » défendus par Sidi Ould Tah ;
- la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) ;
- ainsi que l’initiative AFAWA (« Affirmative Finance Action for Women in Africa »).
La BAD indique que le programme AFAWA a déjà permis de décaisser 1,33 milliard de dollars au profit d’entreprises détenues ou dirigées par des femmes dans 45 pays africains.
À travers cette nouvelle feuille de route, la Banque africaine de développement et le Forum économique mondial espèrent ainsi accélérer la mobilisation des investissements privés dans les zones du continent où les besoins de financement restent les plus importants.







