Face aux cybermenaces et crypto-actifs, les banques centrales africaines reconnaissent leur retard
Les banques centrales africaines tirent la sonnette d’alarme. Réunis à Dakar à l’occasion de la 3e conférence internationale de la BCEAO, plusieurs gouverneurs ont reconnu le retard préoccupant du continent dans la supervision des innovations financières numériques et la lutte contre les cybermenaces.
Au cœur des discussions : l’essor rapide des crypto-actifs, l’accélération de la finance digitale et les vulnérabilités croissantes des systèmes financiers africains.
Les régulateurs africains sous pression face à la finance numérique
Organisée sous le thème « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière », la rencontre a mis en lumière les difficultés croissantes des régulateurs à suivre le rythme de l’innovation.
Les responsables monétaires ont souligné que la montée en puissance des actifs numériques, des fintech et des nouveaux systèmes de paiement impose une transformation profonde des outils de supervision.
Or, plusieurs institutions reconnaissent manquer encore de :
- compétences techniques spécialisées ;
- ressources humaines adaptées ;
- infrastructures technologiques suffisantes.
Le Mozambique révèle une cyberattaque non détectée
Le témoignage le plus marquant est venu du gouverneur de la Banque centrale du Mozambique, Rogério Lucas Zandamela.
Le responsable a reconnu que les autorités africaines étaient arrivées « très tard dans le jeu » de la régulation des crypto-actifs.
« Nous devons tout apprendre », a-t-il déclaré.
Il a également révélé qu’il y a deux ans, sa banque centrale avait subi une cyberattaque majeure sans même être capable de détecter l’incident en temps réel.
« Nous n’avions même pas la capacité de savoir que nous étions attaqués », a-t-il admis.
Selon lui, c’est finalement Interpol qui a alerté l’institution.
Cet épisode illustre, selon plusieurs participants, les failles importantes qui subsistent dans les dispositifs de cybersécurité de nombreuses institutions financières africaines.
La cybersécurité n’est plus un sujet secondaire
Le gouverneur de la Banque centrale de Maurice a insisté sur la nécessité de replacer la cybersécurité au cœur des stratégies de supervision.
Selon lui, les cybermenaces ne peuvent plus être considérées comme un enjeu périphérique.
Avec la digitalisation croissante des services financiers, les risques liés aux cyberattaques , au vol de données, aux fraudes numériques, aux rançongiciels deviennent systémiques.
Certains pays veulent tirer profit de leur retard
Pour certains pays, l’adoption encore limitée des crypto-actifs peut constituer un avantage stratégique.
Le gouverneur de São Tomé-et-Príncipe, Agostinho Quaresma dos Santos Afonso Fernandes, a estimé que la faible présence actuelle des crypto-actifs dans son pays représentait « une chance ».
Cela permettrait aux autorités d’observer les expériences étrangères, d’en tirer des enseignements et de préparer un cadre réglementaire plus robuste avant une adoption plus large.
La coopération internationale jugée indispensable
Face à la sophistication croissante des menaces, les gouverneurs ont plaidé pour une coopération renforcée entre :
- banques centrales ;
- organismes de lutte contre la cybercriminalité ;
- acteurs privés spécialisés en cybersécurité ;
- organisations internationales.
L’objectif est d’améliorer le partage d’informations, les capacités de détection et la réponse coordonnée aux incidents.
La confiance institutionnelle au centre des préoccupations
Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a rappelé que l’innovation financière ne pouvait se substituer à la confiance institutionnelle.
Selon lui, cette confiance reste le socle fondamental du système financier.
Il a averti que l’absence de régulation adaptée expose les populations à :
- des produits spéculatifs risqués ;
- des schémas frauduleux ;
- des risques de déstabilisation financière.
Un chantier stratégique pour l’Afrique
Les échanges de Dakar montrent que les banques centrales africaines prennent désormais pleinement conscience du défi numérique.
Entre inclusion financière, innovation et stabilité monétaire, l’enjeu consiste désormais à accélérer la montée en compétence réglementaire et technologique.
Dans un environnement financier mondial en mutation rapide, le retard accumulé en matière de cybersécurité et de supervision numérique pourrait coûter cher aux économies africaines s’il n’est pas rapidement résorbé.







