Cameroun : après Eneo, l’État prépare la nationalisation de la centrale à gaz de Kribi
Quelques mois après le rachat des parts du fonds britannique Actis dans Eneo, le gouvernement camerounais accélère la reprise en main du secteur énergétique national. Les autorités préparent désormais la nationalisation de KPDC (Kribi Power Development Company), exploitant de la plus grande centrale thermique à gaz du pays.
Il s’agit de la centrale de Kribi, d’une capacité de 216 MW, actuellement exploitée par la filiale locale de Globeleq.
Cette opération s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de redressement d’un secteur électrique structurellement fragilisé.
La nationalisation de KPDC inscrite dans le plan de redressement énergétique
L’annonce a été faite par le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie (Minee) à l’issue d’une réunion organisée le 26 avril 2026 à Yaoundé entre le ministre Gaston Eloundou Essomba et une délégation de Premier Energie Ltd.
Dans son communiqué, le ministère reconnaît que le secteur électrique camerounais reste « financièrement fragile ».
Pour restaurer son équilibre d’ici 2027, plusieurs mesures sont en cours :
• lutte renforcée contre la fraude ;
• ajustements tarifaires ;
• augmentation des volumes de production ;
• restructuration d’Eneo après le départ d’Actis ;
• renationalisation de la centrale à gaz de Kribi.
L’objectif affiché est clair : restaurer une trajectoire financière durable pour le secteur électrique.
Kribi, infrastructure stratégique du système électrique camerounais
Mise en service en 2013, la centrale de Kribi est la première infrastructure thermique à gaz du Cameroun.
Située dans le sud du pays, elle est alimentée par le gaz naturel du champ offshore Sanaga Sud.
La centrale joue un rôle clé dans le Réseau Interconnecté Sud et contribue à l’alimentation de près d’un million d’abonnés.
Elle représente environ 20 % de l’électricité injectée dans le réseau national.
Dans un système dominé par l’hydroélectricité et soumis aux aléas climatiques, Kribi apporte une flexibilité essentielle, notamment durant les pics de consommation.
Les difficultés financières ont fragilisé KPDC
La situation financière de KPDC a été fortement affectée par les difficultés structurelles de la chaîne électrique camerounaise.
Les impayés accumulés par Eneo ont provoqué un arrêt prolongé des centrales de Kribi et Dibamba entre septembre 2024 et février 2025.
Les créances impayées vis-à-vis d’Eneo sont estimées à 137 milliards FCFA.
Selon Globeleq, cette situation a lourdement pesé sur sa trésorerie.
Face à ces difficultés, le groupe britannique a reclassé ses actifs camerounais comme destinés à la cession, privilégiant désormais d’autres marchés en Afrique de l’Est et australe.
L’État active son droit de préemption
Le processus de désengagement de Globeleq semble déjà avancé.
Plusieurs entreprises locales auraient manifesté leur intérêt pour le rachat des actifs de Kribi et Dibamba.
Mais les autorités camerounaises ont choisi d’activer leur droit de préemption, mécanisme juridique permettant à l’État de se substituer à tout acquéreur privé.
Cette décision vise à garantir le retour de ces infrastructures stratégiques dans le giron public.
À ce stade, aucune offre officielle n’a été rendue publique.
Une stratégie de reprise en main du secteur électrique
La reprise annoncée de KPDC prolonge la récente acquisition par l’État camerounais des 51 % détenus par Actis dans Eneo.
Cette opération, évaluée à 78 milliards FCFA,
a porté la participation publique dans Eneo à 95 %, les 5 % restants étant détenus par les salariés.
Toutefois, la finalisation de cette transaction reste ralentie par :
• des procédures de transfert de devises auprès de la BEAC ;
• certains ajustements fiscaux.
En attendant, l’équipe de gestion actuelle d’Eneo reste en place.
Sécuriser la production nationale d’électricité
Pour le gouvernement, la reprise de la centrale de Kribi répond avant tout à un impératif stratégique.
La maîtrise directe de cet actif doit permettre :
• de sécuriser l’approvisionnement électrique ;
• d’améliorer la stabilité du réseau national ;
• de réduire la dépendance à des opérateurs privés dans des infrastructures critiques.
Dans un contexte de forte demande énergétique et de vulnérabilité saisonnière de l’hydroélectricité, la centrale à gaz de Kribi demeure un levier central de sécurité énergétique pour le Cameroun.







