UEMOA : une inflation en territoire négatif, mais la normalisation est en marche
C’est un chiffre qui interpelle dans une région où la cherté de la vie reste un enjeu central : l’inflation dans l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) s’est établie à -0,8 % en décembre 2025 en glissement annuel, après -0,5 % en novembre.
Cette déflation ne traduit pas une transformation structurelle des économies de la zone, mais plutôt un phénomène conjoncturel dominé par la baisse marquée des prix alimentaires. Un soulagement réel pour les ménages, bien que ses effets restent inégalement répartis selon les pays.
Cette tendance tranche nettement avec les pics inflationnistes observés en 2021 et 2022 (6 % puis 7 %), période marquée par les tensions liées à la guerre en Ukraine et aux perturbations mondiales des chaînes d’approvisionnement.
Les produits alimentaires, moteur de la déflation
La clé de cette inflation négative réside dans le recul des prix des produits alimentaires, en baisse de 1,3 % en décembre 2025, après -0,5 % en novembre.
Une production agricole en hausse
Selon le Comité Inter-État de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS), la campagne agricole 2025/2026 devrait enregistrer une progression de la production céréalière de +7,7 % dans l’Union.
Cette amélioration de l’offre locale a entraîné une baisse des prix :
- des céréales,
- des huiles végétales,
- du poisson,
- de la viande.
Une meilleure disponibilité sur les marchés intérieurs a contribué à alléger la pression sur les ménages.
Une forte détente des importations alimentaires
La baisse est encore plus spectaculaire du côté des importations. L’indice des prix des produits alimentaires importés, exprimé en FCFA, a chuté de 27,6 % en glissement annuel.
Les cours mondiaux ont fortement reculé :
- Riz : -40 %
- Sucre : -34 %
- Lait : -24 %
Pour des économies structurellement dépendantes des importations alimentaires, cette évolution représente un facteur déterminant dans la dynamique désinflationniste actuelle.
Lire aussi : Croissance UEMOA : 6,7 % attendus en 2025 avec une inflation maîtrisée à 3 %
Des réalités nationales très contrastées
La moyenne régionale masque cependant d’importantes disparités entre États membres.
- Niger : -9,4 %
- Guinée-Bissau : -2,8 %
- Burkina Faso : -2,2 %
À l’inverse :
- Sénégal : +2,8 %
- Bénin : +1,4 %
- Mali : +0,4 %
- Côte d’Ivoire : +0,1 %
- Togo : stabilité des prix
Le Sénégal demeure le pays le plus inflationniste de la zone, malgré la décision gouvernementale de réduire de 30 % le prix du sac de riz importé, ramené à 15 500 FCFA depuis le 1er janvier 2026.
Ces écarts illustrent les limites d’une politique monétaire unique dans un espace marqué par des réalités économiques, logistiques et sécuritaires très hétérogènes.
La BCEAO adopte une posture prudente
Face à cette dynamique désinflationniste, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a maintenu son taux directeur à 3,25 % lors de son Comité de Politique Monétaire du 3 décembre 2025.
Cette décision traduit une approche attentiste, cohérente avec :
- une inflation globalement maîtrisée,
- une croissance régionale robuste,
- un PIB de l’UEMOA estimé à +6,7 % en 2025.
La banque centrale privilégie la stabilité dans un environnement encore marqué par des incertitudes sécuritaires.
Lire aussi : UEMOA : La BCEAO annonce une inflation de 4,4% en août 2024
2026 : un retour progressif à une inflation positive
Les projections de la BCEAO indiquent une sortie graduelle de la phase déflationniste :
- Janvier 2026 : -0,3 %
- Février 2026 : +0,1 %
Ce retour symbolique en territoire positif serait lié à :
- des perturbations logistiques dans les zones affectées par l’insécurité (Sahel et régions frontalières),
- un rebond naturel de certains prix après plusieurs mois de correction.
Toutefois, le scénario reste conditionné à plusieurs facteurs.
Les risques à surveiller
Deux dynamiques opposées pourraient influencer l’évolution des prix en 2026 :
- Poursuite de la détente mondiale des denrées alimentaires, susceptible de prolonger la faiblesse de l’inflation.
- Dégradation sécuritaire dans certaines zones, pouvant perturber les chaînes d’approvisionnement et générer des tensions localisées sur les prix.
Le facteur sécuritaire demeure ainsi la principale variable d’incertitude pour la trajectoire inflationniste de l’UEMOA.
Conclusion : une accalmie conjoncturelle, pas un changement structurel
L’inflation UEMOA décembre 2025 en territoire négatif constitue un signal fort, mais essentiellement conjoncturel. La baisse des prix alimentaires, soutenue par une bonne campagne agricole et un recul des cours mondiaux, explique l’essentiel du phénomène.
La normalisation attendue dès février 2026 confirme que la zone entre dans une phase de stabilisation plutôt qu’un cycle déflationniste durable.
Pour les décideurs comme pour les investisseurs, l’enjeu sera désormais de consolider cette stabilité des prix tout en préservant la dynamique de croissance régionale.








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