Réforme de l’OMC : l’Afrique plaide pour des règles adaptées à son développement
À l’approche de la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue à Yaoundé au Cameroun, plusieurs pays africains intensifient leur plaidoyer pour une réforme du système commercial multilatéral.
Le Bénin et ses partenaires africains demandent des règles commerciales plus flexibles, capables de soutenir l’industrialisation, la compétitivité et l’inclusion sociale sur le continent.
Une réforme au cœur des enjeux du commerce mondial
Depuis 2022, un vaste chantier de réforme a été engagé au sein de l’OMC pour adapter l’institution aux nouvelles réalités économiques et aux tensions qui fragilisent le multilatéralisme.
Le facilitateur des discussions, Petter Ølberg, diplomate norvégien, souligne que les États membres restent attachés aux principes fondateurs du système commercial multilatéral, malgré un contexte international marqué par les rivalités commerciales et les recompositions géopolitiques.
Pour les pays africains, cette réforme est déterminante. Elle conditionne leur capacité à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales et à transformer leurs économies encore largement dépendantes des exportations de matières premières.
Lire aussi : OMC : l’Afrique attend des règles commerciales plus inclusives
Une dynamique commerciale contrastée
Selon les prévisions de l’Organisation mondiale du commerce, les exportations africaines de marchandises devraient progresser de 5,3 % en 2025, tandis que les importations pourraient croître de 11,8 %.
Cette évolution place le continent parmi les régions connaissant la plus forte croissance des importations, illustrant à la fois une expansion des échanges et une dépendance persistante vis-à-vis des marchés extérieurs.
Les pays les moins avancés (PMA), dont la majorité se situe en Afrique, regroupent 47 États et environ 1,19 milliard d’habitants, soit 14,6 % de la population mondiale. Leur poids économique demeure toutefois limité, ce qui renforce leur demande de règles commerciales plus favorables au développement.
Industrialisation et politiques industrielles au cœur du débat
L’un des principaux enjeux pour l’Afrique est de passer d’un modèle d’exportation basé sur les matières premières à une production à plus forte valeur ajoutée.
Pour y parvenir, les États africains plaident pour des politiques industrielles actives, incluant notamment des subventions ciblées pour soutenir les secteurs stratégiques.
Ce point constitue l’un des principaux sujets de tension dans les discussions internationales. Les pays développés souhaitent encadrer plus strictement l’usage des subventions, tandis que de nombreux pays africains considèrent ces outils comme indispensables pour rattraper leur retard industriel.
Dans son rapport 2025, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) souligne d’ailleurs que le continent doit renforcer sa résilience économique, notamment face aux tensions géopolitiques et aux nouvelles barrières commerciales.
Un rendez-vous décisif à Yaoundé
La conférence ministérielle de l’OMC prévue du 26 au 28 mars 2026 à Yaoundé pourrait constituer un moment clé dans les négociations.
Les grandes puissances commerciales privilégient une réforme centrée sur la transparence et l’efficacité institutionnelle, tandis que les pays africains mettent l’accent sur l’impact économique et social des règles commerciales.
L’objectif pour le continent est clair : obtenir un système commercial plus inclusif, capable de soutenir la transformation industrielle, d’améliorer la compétitivité des entreprises africaines et de favoriser une croissance durable.
La question reste désormais ouverte : la réforme de l’OMC permettra-t-elle réellement de faire du commerce mondial un levier de développement pour l’Afrique, ou continuera-t-elle d’être dominée par les intérêts des grandes économies ?







