Paiement instantané PI-SPI : 74 institutions redessinent le paysage financier de l’UEMOA
Le système de paiement instantané PI-SPI, lancé le 30 septembre 2025 par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), continue de gagner du terrain dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine. La liste des institutions autorisées à proposer ces services au public est passée de 62 à 74 établissements, marquant une étape importante dans la transformation des paiements numériques dans la région.
Au-delà des chiffres, cette évolution révèle une recomposition stratégique du paysage financier ouest-africain, entre banques traditionnelles, fintechs et opérateurs de mobile money.
Huit pays engagés dans le système
Le dispositif PI-SPI concerne actuellement huit pays de l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) :
- Bénin
- Burkina Faso
- Côte d’Ivoire
- Guinée-Bissau
- Mali
- Niger
- Sénégal
- Togo
Cependant, tous les marchés n’avancent pas au même rythme dans l’intégration du paiement instantané.
Sénégal et Côte d’Ivoire en tête
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire dominent le dispositif en nombre d’institutions participantes.
- Sénégal : 19 participants
- Côte d’Ivoire : 15 participants
À l’opposé, la Guinée-Bissau et le Niger ne comptent chacun que quatre institutions.
Cette disparité reflète la profondeur des marchés financiers, la maturité des infrastructures numériques et la capacité des acteurs locaux à s’adapter rapidement aux nouvelles normes technologiques.
Deux centres financiers complémentaires
Le contraste entre Dakar et Abidjan illustre la dualité du système financier régional.
Dakar bénéficie d’un rôle institutionnel majeur, notamment avec la présence du siège de la BCEAO, ce qui favorise souvent une adoption plus rapide des innovations financières.
De son côté, Abidjan reste le principal centre des marchés de capitaux, abritant notamment la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA et le Dépositaire Central / Banque de Règlement.
Ainsi, si la Côte d’Ivoire domine en volume économique, le Sénégal se distingue par la diversité de ses acteurs financiers.
Les groupes bancaires régionaux en première ligne
La liste des participants confirme l’influence des grands groupes bancaires panafricains présents dans plusieurs pays de la zone.
Parmi eux figurent notamment :
- Bank of Africa
- Coris Bank International
- Ecobank
- Orabank
- United Bank for Africa
Leur stratégie consiste à couvrir l’ensemble de l’espace régional, afin de faciliter les transactions transfrontalières et de bénéficier d’économies d’échelle technologiques.
L’essor des fintechs et du mobile money
Autre évolution notable : l’entrée de plus en plus visible des acteurs de la monnaie électronique.
Parmi les participants figurent notamment :
- Orange Money
- Orange Bank Africa
- Moov Money
- Mixx Sénégal
Le paiement instantané ne sera donc plus exclusivement bancaire. Un écosystème hybride, combinant banques, fintechs et opérateurs télécoms, se met progressivement en place.
Une intégration financière à plusieurs vitesses
La répartition des institutions participantes dessine une géographie économique de l’UEMOA :
- Sénégal et Côte d’Ivoire : pôles moteurs
- Mali et Burkina Faso : marchés intermédiaires dynamiques
- Bénin et Togo : stabilité autour d’acteurs solides
- Niger et Guinée-Bissau : intégration plus progressive
Ces différences reflètent non seulement la taille des économies mais aussi le niveau de formalisation financière et l’ouverture à l’innovation.
Un levier stratégique pour l’intégration régionale
Au-delà de son aspect technique, PI-SPI s’impose comme un instrument majeur de transformation financière en Afrique de l’Ouest.
Le système favorise :
- l’interopérabilité des paiements,
- la réduction des délais de transaction,
- l’intégration des marchés financiers régionaux.
À terme, il pourrait devenir un pilier de la souveraineté monétaire régionale et un accélérateur de l’économie numérique dans l’espace UEMOA.







