Abidjan, capitale africaine de l’assurance
La Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) a ouvert, le 9 février 2026 à Abidjan, sa 50ᵉ Assemblée générale dans un contexte chargé d’enjeux stratégiques pour le secteur.
Organisé au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, l’événement a réuni plus de 1 700 participants, assureurs, réassureurs, régulateurs et partenaires financiers venus de tout le continent.
Au-delà de la célébration d’un demi-siècle d’existence, la rencontre pose une question structurante : l’assurance africaine peut-elle changer d’échelle et devenir un pilier de la souveraineté financière du continent ?
Une industrie au potentiel encore sous-exploité
Malgré sa capacité à mobiliser de l’épargne longue, le secteur reste en retrait. Le taux de pénétration de l’assurance en Afrique plafonne à 3 %, contre une moyenne mondiale de 7,5 %.
Pourtant, l’industrie a mobilisé plus de 320 milliards de FCFA de ressources, preuve d’un potentiel encore largement inexploité.
Présent à l’ouverture, le président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a rappelé que les besoins annuels de financement du développement en Afrique sont estimés à 400 milliards de dollars. Selon lui, l’assurance et la réassurance doivent être pleinement intégrées à la nouvelle architecture financière africaine.
Assurance obligatoire : la proposition choc
Dans sa conférence inaugurale sur le thème « Assurance et souveraineté financière », Jean Kacou Diagou a avancé une proposition structurante : généraliser certaines assurances obligatoires.
Selon ses estimations, cette mesure pourrait mobiliser jusqu’à 700 milliards de FCFA supplémentaires, soit quasiment un doublement du marché actuel. En Côte d’Ivoire, une telle réforme permettrait, selon lui, de doubler la taille du marché en un an.
Derrière cette proposition technique se cache un débat politique : quelle place les États africains souhaitent-ils accorder au secteur assurantiel dans la structuration de l’épargne nationale ?
Un secteur encore fragmenté
L’assurance africaine reste confrontée à plusieurs limites :
- Fragmentation des marchés
- Faible profondeur financière
- Capitalisation limitée
- Dépendance à la réassurance internationale
Pour Geraldine Mermoux, directrice générale associée de FINACTU, le défi est aussi collectif : l’écosystème manque de coordination stratégique. Les exemples du Maroc et de la Tunisie ont été cités comme modèles d’organisation et de montée en puissance.
Le renforcement de la taille critique des acteurs, la mutualisation des risques et l’approfondissement des marchés apparaissent comme des préalables à une transformation durable.
Au cœur de la souveraineté financière
À 50 ans, la FANAF ne célèbre pas seulement son histoire. Elle interroge son avenir.
Dans un contexte marqué par la digitalisation, les réformes prudentielles, l’inclusion financière et les défis climatiques, le secteur dispose d’opportunités majeures pour élargir sa base de clients et accroître sa contribution à la croissance.
Mais une question demeure : les compagnies africaines sont-elles dimensionnées pour absorber une montée en puissance rapide ?
En réunissant plus de 1 700 acteurs à Abidjan, la 50ᵉ Assemblée générale dépasse le cadre corporatiste. Elle engage une bataille de crédibilité : faire de l’assurance africaine non plus un secteur périphérique, mais l’un des leviers centraux du pouvoir financier du continent.








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