L’Afrique crée l’AIFF pour financer ses infrastructures et renforcer sa souveraineté financière
Une nouvelle étape majeure vient d’être franchie dans la construction de l’architecture financière du continent. Les Chefs d’État et de gouvernement africains ont officiellement lancé, le 14 février 2026, le Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF), une plateforme coordonnée et pilotée par l’Afrique, destinée à accélérer la préparation et le financement des projets d’infrastructure transfrontaliers prioritaires alignés sur l’Agenda 2063.
Le lancement est intervenu à Addis-Abeba, lors du Troisième Dialogue Présidentiel de Haut niveau de l’Alliance des Institutions Financières Multilatérales Africaines (AAMFI), organisé en marge du 39e Sommet de l’Union africaine autour du thème : « Renforcer l’architecture financière de l’Afrique pour financer l’Agenda 2063. »
Un outil stratégique pour transformer la souveraineté financière en action concrète
Placée sous le patronage de John Dramani Mahama, Président de la République du Ghana et Champion de l’Union africaine pour les institutions financières de l’UA, la rencontre a permis de traduire l’ambition politique en mécanismes opérationnels capables de mobiliser des capitaux à long terme à grande échelle.
« L’Afrique dispose de réserves de capitaux nationaux dépassant 2 500 milliards de dollars US. Le défi n’est pas la disponibilité des capitaux, mais la manière dont nous les déployons », a déclaré le Président Mahama.
Face à la fragmentation des marchés de capitaux, aux primes de risque élevées et à la dépendance aux systèmes financiers extérieurs, l’AIFF se veut une réponse structurante : un mécanisme continental capable de coordonner les ressources africaines et d’optimiser leur déploiement dans les infrastructures, l’industrialisation et la création d’emplois.
Combler un déficit annuel de 221 milliards de dollars
Selon Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire de la Commission de l’Union africaine, le déficit de financement des infrastructures du continent est estimé à 221 milliards de dollars par an sur la période 2023-2030.
« Le lancement de l’AIFF démontre ce qui peut être réalisé lorsque la volonté politique et la coordination institutionnelle convergent », a-t-elle affirmé.
L’AIFF vise notamment à résoudre l’un des blocages majeurs du développement infrastructurel africain : le décalage entre l’approbation politique des projets et leur exécution financière effective.
Une coordination inédite des institutions financières africaines
L’initiative s’inscrit dans le cadre d’un accord de coopération entre l’AUDA-NEPAD et l’Alliance des Institutions Financières Multilatérales Africaines.
Pour Samaila Zubairu, Président et Directeur général d’Africa Finance Corporation, l’action collective est indispensable :
« L’Alliance représente plus de 70 milliards de dollars en bilans. Notre action coordonnée est essentielle pour mobiliser les ressources nécessaires aux infrastructures transformatrices. »
De son côté, George Elombi, Président d’Afreximbank, a souligné que trop de projets restent bloqués en raison d’une préparation insuffisante ou d’un mauvais alignement avec les exigences du capital à long terme.
L’AIFF entend ainsi passer d’interventions fragmentées à un système cohérent, fondé sur la mutualisation des bilans, l’expertise africaine et des cadres robustes de gestion des risques.
Vers une architecture financière continentale renforcée
Le Dialogue s’est conclu par un geste hautement symbolique : le dépôt par la République du Cameroun de l’instrument de ratification du Protocole et des Statuts du Fonds monétaire africain (FMA).
Ce jalon marque une avancée supplémentaire vers l’opérationnalisation des grandes institutions financières de l’Union africaine, destinées à promouvoir la stabilité macroéconomique, soutenir les balances des paiements et renforcer la coopération monétaire continentale.
L’AAMFI, pilier de la coordination financière africaine
Lancée en février 2024 en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, l’Alliance des Institutions Financières Multilatérales Africaines – également appelée Africa Club – regroupe douze institutions financières multilatérales africaines représentant un bilan combiné de plus de 70 milliards de dollars.
Son objectif : coordonner l’action, unifier le plaidoyer et mobiliser les capitaux africains pour soutenir le développement durable et l’intégration régionale.
Une nouvelle ère pour le financement des infrastructures africaines
Avec l’AIFF, l’Afrique affirme sa volonté de reprendre le contrôle de son destin financier. En structurant un mécanisme africain, coordonné et stratégique, le continent pose les bases d’une souveraineté financière concrète, capable de transformer les ambitions de l’Agenda 2063 en infrastructures réelles, en croissance industrielle et en emplois durables.
L’enjeu est clair : passer des engagements politiques aux réalisations tangibles, et faire de l’architecture financière africaine un véritable moteur de transformation économique.








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