À la fin d’avril 2024, la situation du secteur bancaire tchadien révèle des fragilités importantes. Parmi les dix banques opérant dans le pays, seulement six respectent l’exigence de capital minimum de 10 milliards FCFA, selon les données du Comité national économique et financier (CNEF). Ce chiffre correspond à un taux de conformité de 60 %, en légère amélioration par rapport aux 50 % de l’année précédente, mais toujours insuffisant pour garantir la solidité du système bancaire.
Situation du secteur bancaire en 2024
Le total bilan cumulé des établissements bancaires au Tchad s’élève à 2 206,5 milliards FCFA (environ 3,36 millions d’euros) à fin avril 2024, marquant une légère hausse de 1,3 % par rapport à l’année précédente. Cependant, les crédits à l’économie ont reculé de -2,7 %, atteignant environ 1,9 million d’euros. Cette baisse des crédits contraste avec la hausse de 35 % de la trésorerie globale des banques tchadiennes, ce qui reflète une certaine prudence ou réduction des activités de prêt dans un environnement économique fragile.
Du côté des dépôts, le secteur bancaire tchadien a enregistré une croissance de 3,5 % des dépôts, principalement alimentée par les dépôts à vue, qui représentent plus des deux tiers de l’encours total. Ces évolutions montrent une croissance modérée des opérations bancaires, malgré les difficultés structurelles qui persistent.
Manquements aux normes prudentielles
Au-delà de l’exigence de capital minimum, la majorité des banques tchadiennes font face à des difficultés pour respecter les autres normes prudentielles. Selon le rapport du CNEF, aucune des dix banques ne respectait à 100 % les exigences réglementaires en matière de fonds propres nets à fin avril 2024, un recul par rapport à la situation de décembre 2023 où cinq banques étaient conformes. Sur la question de la couverture des risques, six banques respectent le ratio minimal de couverture des risques pondérés par les fonds propres, et seules cinq d’entre elles respectent les limites de division globale.
Ces indicateurs soulignent les faiblesses du secteur bancaire tchadien, qui reste vulnérable aux chocs économiques et aux crises de liquidité. La situation est préoccupante, d’autant plus que le Fonds monétaire international (FMI) a relevé qu’à la fin de 2023, moins d’un tiers des banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) respectaient toutes les exigences prudentielles.
Vers un renforcement des exigences de capital ?
Pour améliorer la résilience du système bancaire en zone CEMAC, une étude réalisée en 2021 par les services de recherche de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) suggérait une augmentation du capital minimum à 25 milliards FCFA (environ 38 millions d’euros). Cette mesure vise à renforcer les banques en limitant les risques de faillite, qui restent élevés dans plusieurs pays de la sous-région.
L’objectif de cette réforme serait de consolider le secteur bancaire à travers un développement plus intensif et mieux structuré, plutôt que de poursuivre la tendance d’expansion extensive, qui n’a pas eu un impact significatif sur le développement économique de la zone. Une telle réforme pourrait inciter les banques à fusionner ou à se recapitaliser, améliorant ainsi la solidité du secteur à long terme.
Comparaison avec d'autres régions
La sous-région CEMAC semble prendre du retard par rapport à d’autres zones d’intégration économique en Afrique. En 2023, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui supervise les banques de la zone UEMOA, a déjà doublé son seuil de capital minimum à 20 milliards FCFA. Par ailleurs, le Nigéria a multiplié par dix le capital requis pour les groupes bancaires, dans le cadre de réformes visant à consolider et moderniser son secteur bancaire.







