« La sécurité maritime est indissociable de la sécurité économique. » Ce message a marqué l’ouverture, le 22 octobre 2026, de l’atelier national de diffusion et de validation du rapport sur les risques de blanchiment de capitaux liés à la criminalité maritime, à la salle CEDEAO du CASEF, à Lomé.
S’exprimant au nom du ministre des Finances et du Budget, Essowè Georges Barcola, Tchaa Bignossi Aquiteme, président de la Cellule nationale de traitement des informations financières du Togo (CENTIF-Togo) et correspondant national du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), a appelé à une mobilisation renforcée contre les flux financiers illicites. L’atelier réunit environ 80 acteurs issus des administrations publiques, des forces de sécurité et du secteur privé.
Criminalité maritime : des risques pour les finances et l’économie
La position stratégique du Togo et le poids du Port autonome de Lomé exposent le pays à plusieurs formes de criminalité maritime, notamment le trafic de stupéfiants, la contrebande et la pêche illicite. Ces activités peuvent générer des revenus criminels susceptibles d’être réintroduits dans l’économie légale par des mécanismes de blanchiment de capitaux.
L’enjeu dépasse donc la seule surveillance des espaces maritimes. Il concerne également la détection des transactions suspectes, l’identification des circuits financiers associés aux activités illicites et la capacité des autorités à saisir les avoirs d’origine criminelle.
Selon Tchaa Bignossi Aquiteme, les évaluations nationales et régionales précédentes ont déjà souligné la nécessité de mieux comprendre ces risques. L’évaluation nationale des risques de 2019 et l’évaluation mutuelle du GIABA de 2022 constituent notamment des références pour renforcer le dispositif togolais de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Une évaluation sectorielle pour mieux cibler les risques
Pour approfondir l’analyse, la CENTIF-Togo, avec l’appui du Conseil national de coordination des activités de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (CONAC) et du Projet d’appui à la gouvernance et au développement du secteur privé (PAGDSP), financé par la Banque africaine de développement (BAD), a conduit une évaluation sectorielle des risques liés à la criminalité maritime.
Cette démarche s’accompagne de cinq études de typologies portant sur la corruption, le trafic d’espèces sauvages, le transport transfrontalier d’espèces, le secteur immobilier et la criminalité financière fondée sur le commerce.
L’objectif est de mieux identifier les méthodes utilisées par les réseaux criminels, les secteurs vulnérables et les circuits susceptibles de faciliter le blanchiment. Les conclusions doivent permettre aux autorités de hiérarchiser les risques et d’adapter leurs moyens de prévention et de contrôle.
Trois priorités : risques, coopération et efficacité opérationnelle
Dans son intervention, le président de la CENTIF a défini trois exigences pour renforcer l’efficacité du dispositif national.
La première consiste à consolider l’approche fondée sur les risques, en orientant les ressources vers les activités et les secteurs les plus exposés. La deuxième porte sur le partage d’informations entre les administrations, les institutions financières et les partenaires régionaux et internationaux. « Aucune administration ne détient, à elle seule, l’ensemble des informations nécessaires », a-t-il rappelé.
La troisième priorité concerne les résultats opérationnels : prévenir les infractions, détecter les opérations suspectes, enquêter, poursuivre les auteurs et confisquer les avoirs issus d’activités criminelles.
Cette coordination mobilise notamment les ministères concernés, la BCEAO, le Haut Conseil pour la mer, la Préfecture maritime, le Port autonome de Lomé, les services de renseignement, la Police, la Gendarmerie, la Marine nationale, l’Office togolais des recettes (OTR), ainsi que les banques, les assurances et les acteurs de l’immobilier.
Dix ans après la Charte de Lomé, le défi de la sécurité maritime demeure
Le Togo avait accueilli, le 15 octobre 2016, le sommet extraordinaire de l’Union africaine consacré à la sûreté et à la sécurité maritimes en Afrique, qui a conduit à l’adoption de la Charte de Lomé. Dix ans plus tard, la protection du golfe de Guinée reste un enjeu stratégique pour la navigation commerciale, les échanges régionaux et la sécurité économique.
Le renforcement de la lutte contre les flux financiers illicites s’inscrit dans cette continuité. La surveillance maritime doit en effet être complétée par des mécanismes capables de suivre l’argent généré par les trafics et d’identifier les bénéficiaires des opérations criminelles.
À l’issue des travaux, les organisateurs attendent des recommandations concrètes et prioritaires, allant au-delà du simple constat. Pour le Togo, l’enjeu est désormais de traduire les évaluations des risques en mesures coordonnées, afin de mieux détecter les circuits financiers illicites et de limiter leur capacité à alimenter l’économie criminelle.







