Le solaire hors réseau poursuit sa progression dans le monde, porté par les besoins croissants en électricité des ménages, des entreprises et des services essentiels. Selon le Off-Grid Solar Market Trends Report 2026, publié par le Programme d’assistance à la gestion du secteur de l’énergie (ESMAP) du Groupe de la Banque mondiale et l’association GOGLA, le nombre de personnes utilisant ces solutions est passé de 118 millions en 2023 à 149 millions en 2025, soit une hausse de 26 % en deux ans.
Présenté à Kigali, lors du Forum mondial du solaire hors réseau, le rapport souligne le rôle croissant de ces équipements dans l’accès à l’électricité, notamment dans les zones éloignées des réseaux conventionnels. Il estime que le solaire hors réseau constitue la solution la moins coûteuse pour au moins 398 millions de personnes qui n’ont pas encore accès à l’électricité.
Un levier d’électrification et de développement économique
Longtemps considéré comme une solution temporaire en attendant l’extension des réseaux électriques, le solaire hors réseau s’impose désormais comme une composante à part entière des infrastructures énergétiques. Il permet d’alimenter des ménages, des exploitations agricoles, des écoles, des centres de santé et des petites entreprises, particulièrement dans les communautés insuffisamment desservies par les réseaux classiques.
La durabilité des équipements constitue également un argument en faveur de cette technologie. D’après le rapport, 95 % des clients interrogés déclarent que leur installation solaire domestique fonctionne encore quatre ans ou plus après son acquisition.
Au-delà de l’accès à l’électricité, ces solutions contribuent à soutenir les activités économiques locales. Quelque 7,4 millions de personnes utilisent des équipements solaires hors réseau pour faire fonctionner des microentreprises ou développer des activités génératrices de revenus, notamment dans l’agriculture, le commerce de détail et les services.
Sur les quinze dernières années, ces installations auraient généré au total 28 milliards de dollars de revenus supplémentaires et d’économies, selon les estimations du rapport.
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Un marché qui crée des emplois, mais reste sous-financé
Le développement du secteur se traduit aussi par une progression de l’emploi. Le marché du solaire hors réseau couvert par l’étude compte désormais 219 000 travailleurs, soit une augmentation de 29 % sur la période de référence présentée dans le rapport. La majorité sont des agents commerciaux et des techniciens intervenant directement au sein des communautés locales.
Malgré cette dynamique, les financements restent insuffisants au regard des besoins. Pour permettre à des centaines de millions de personnes supplémentaires d’accéder à une électricité fiable d’ici 2030, le rapport estime les investissements nécessaires à environ 11,4 milliards de dollars entre 2027 et 2030.
Ce montant comprend notamment 1,3 milliard de dollars par an en subventions et aides destinées à rendre les équipements plus abordables, ainsi que 1,6 milliard de dollars par an en financements mobilisés sous forme de fonds propres, de dette et d’affacturage.
Ces besoins restent limités au regard des investissements annuels de 3 000 à 5 000 milliards de dollars estimés nécessaires pour la transition énergétique mondiale d’ici 2030. Leur mobilisation suppose toutefois une participation coordonnée des gouvernements, des investisseurs privés et des partenaires de développement.
L’accessibilité financière, un obstacle majeur
Si le solaire hors réseau représente la solution la moins coûteuse pour une part importante des personnes privées d’électricité, son prix demeure un obstacle pour de nombreux ménages.
Selon le rapport, seul un foyer non électrifié sur trois peut s’offrir une installation solaire domestique d’entrée de gamme grâce à un système de paiement à l’usage. Un autre tiers ne peut y accéder qu’au prix d’efforts financiers importants.
Pour élargir l’accès à ces équipements, les auteurs préconisent des mesures publiques ciblées afin de réduire les coûts supportés par les consommateurs. Les exonérations de TVA, les réductions ou exemptions de droits de douane à l’importation et les subventions ciblées figurent parmi les instruments susceptibles d’améliorer l’accessibilité financière et de soutenir la croissance du marché.
Le renforcement des mécanismes de financement apparaît ainsi déterminant pour atteindre les populations les plus éloignées des infrastructures électriques.
Mission 300 mise sur les énergies renouvelables décentralisées
Les conclusions du rapport s’inscrivent dans le cadre de Mission 300, une initiative du Groupe de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement visant à raccorder 300 millions de personnes à l’électricité en Afrique subsaharienne d’ici 2030.
Les énergies renouvelables décentralisées, dont le solaire hors réseau, occupent une place importante dans cette stratégie. Selon les données présentées dans le rapport, 80 % des 35 pactes nationaux pour l’énergie élaborés dans le cadre de Mission 300 intègrent les énergies renouvelables dans leurs objectifs d’électrification.
Le Groupe de la Banque mondiale indique avoir engagé 974 millions de dollars en faveur du solaire hors réseau au cours des exercices 2025 et 2026, retrouvant ainsi le niveau enregistré sur les exercices 2023 et 2024. Ces financements publics visent notamment à soutenir les politiques nationales et à attirer davantage de capitaux privés.
Pour Fanny Missfeldt-Ringius, responsable de l’ESMAP au sein du Groupe de la Banque mondiale, le solaire hors réseau est devenu une source essentielle d’électricité, contribuant à la sécurité énergétique, à la résilience des populations et à la création d’emplois.
De son côté, Sarah Malm, directrice exécutive de GOGLA, estime que cette technologie doit être considérée comme une infrastructure économique à part entière, compte tenu de son rôle dans l’agriculture, la santé et les activités productives.
À l’horizon 2030, le principal défi sera donc de transformer le potentiel du solaire hors réseau en accès effectif à l’électricité. Cela nécessitera des investissements durables, des politiques publiques adaptées et des mécanismes de financement capables de rendre les équipements accessibles aux ménages et aux entreprises qui en ont le plus besoin.







