Le Cameroun obtient un financement de 347,5 millions d’euros
Le Cameroun accélère ses investissements sur l’un des principaux axes commerciaux d’Afrique centrale. Le président Paul Biya a autorisé la mobilisation de 347,5 millions d’euros auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) pour financer des infrastructures liées au corridor Douala-Bangui.
L’objectif de ce financement est de contribuer à réduire les coûts et les délais de transport, mais aussi de limiter les différents obstacles qui ralentissent la circulation des marchandises entre le Cameroun et la République centrafricaine.
L’autorisation a été donnée par un décret signé le 2 octobre, permettant au ministre camerounais de l’Économie de conclure l’accord de crédit avec la BIRD.
Un financement intégré à un programme régional de 1,12 milliard de dollars
L’enveloppe destinée au Cameroun s’inscrit dans un programme régional d’un montant de 1,12 milliard de dollars, approuvé en juin par la Banque mondiale.
Une première tranche de 525 millions de dollars prévoit plusieurs financements destinés aux pays et institutions concernés par le corridor.
Dans cette première enveloppe, le Cameroun doit bénéficier de :
- 407 millions de dollars de financement de la BIRD ;
- 18 millions de dollars de crédit de l’Association internationale de développement (IDA).
La République centrafricaine doit pour sa part recevoir 90 millions de dollars, tandis que 10 millions de dollars sont destinés à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
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La Nationale 3 au cœur du programme camerounais
Au Cameroun, l’un des principaux chantiers concerne la Nationale 3, notamment sur l’axe reliant Yaoundé à Edéa.
Environ 164 kilomètres de route doivent être reconstruits ou modernisés. Le programme prévoit notamment la création de voies de dépassement et la correction de plusieurs virages identifiés comme accidentogènes.
Deux stations de pesage numérisées sont également prévues afin de renforcer le contrôle des poids lourds et de contribuer à préserver la durée de vie des infrastructures routières.
Le programme comprend aussi des études portant sur l’axe Yaoundé-Ayos-Bonis-Bertoua-Garoua-Boulaï, ainsi que l’amélioration des routes permettant de desservir les principaux bassins agricoles et industriels.
Des infrastructures pour accélérer le transit des marchandises
Le projet ne se limite pas à la réhabilitation des routes.
Des infrastructures logistiques et différents dispositifs destinés à améliorer la circulation des marchandises sont également prévus.
L’enjeu est notamment de réduire les temps d’attente et les coûts associés au transport des marchandises entre le port de Douala et la République centrafricaine.
Le Cameroun prévoit également de renforcer le contrôle des charges à l’essieu et d’expérimenter de nouveaux mécanismes destinés à améliorer l’entretien des routes.
En juillet, le ministère camerounais des Travaux publics avait déjà publié un avis général de passation des marchés concernant les travaux, les études, le contrôle et l’assistance technique liés au programme.
Pourquoi le corridor Douala-Bangui est stratégique pour la Centrafrique
L’importance du projet s’explique notamment par la situation géographique de la République centrafricaine.
Pays enclavé, la Centrafrique dépend fortement des infrastructures camerounaises pour ses échanges avec les marchés internationaux. Selon les données de la Banque mondiale citées dans les documents du projet, plus de 80 % du commerce extérieur centrafricain emprunte le corridor Douala-Bangui.
La performance de cet axe a donc un impact direct sur l’approvisionnement de Bangui et sur le coût des marchandises importées.
Des délais et des coûts de transport encore élevés
Malgré son importance stratégique, le corridor reste confronté à plusieurs difficultés.
Dans des conditions normales, le trajet entre Douala et Bangui peut prendre entre neuf et douze jours. Le coût du transport peut atteindre 270 dollars par tonne.
Le nombre de points de contrôle constitue également un facteur de ralentissement. Du côté camerounais, la Banque mondiale recense 38 postes de contrôle, dont 17 associés à des paiements informels.
La réduction de ces différents points de friction constitue donc l’un des enjeux majeurs du programme.
L’entretien des routes, un autre défi majeur
La construction ou la réhabilitation des infrastructures ne garantit pas à elle seule la durabilité du corridor.
Dans ses documents préparatoires, la Banque mondiale souligne que certaines infrastructures réhabilitées dans le cadre de précédents programmes régionaux se sont de nouveau dégradées, notamment en raison d’un entretien insuffisant.
La situation de la section Bouar-Fambélé, en République centrafricaine, illustre cette problématique. Située sur le même corridor, cette portion est aujourd’hui considérée comme étant dans un état moyen à mauvais.
Le nouveau programme devra donc répondre à un double défi : améliorer les infrastructures existantes et garantir leur entretien sur le long terme.
Un enjeu économique pour Yaoundé et Bangui
La modernisation du corridor Douala-Bangui dépasse largement la question des infrastructures routières.
Pour la République centrafricaine, l’amélioration de cet axe peut contribuer à réduire les coûts liés à l’importation de produits essentiels, notamment le carburant, les denrées alimentaires, les matériaux et les biens de consommation transitant par les ports camerounais.
Pour le Cameroun, la fluidification du corridor représente également un enjeu économique. Elle doit permettre de renforcer le rôle de ses infrastructures routières et portuaires comme principale porte d’entrée maritime de la Centrafrique.
Le financement lancé, place désormais à l’exécution
Avec ce financement de 347,5 millions d’euros, le Cameroun dispose d’une nouvelle enveloppe importante pour améliorer les infrastructures liées au corridor Douala-Bangui.
La réussite du programme dépendra toutefois de sa mise en œuvre effective, de la réduction des délais de transport, du contrôle des charges, de la limitation des points de friction et surtout de la capacité à assurer un entretien durable des infrastructures.
Pour Yaoundé comme pour Bangui, l’enjeu est désormais de transformer cet investissement en un corridor plus rapide, moins coûteux et plus fiable, capable de soutenir durablement les échanges commerciaux en Afrique centrale.







