Les pays de l’OCDE pourraient améliorer sensiblement les conditions de vie des enfants en réorientant une partie de leurs dépenses sociales vers les services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants, l’aide à l’emploi et au revenu ainsi que les services essentiels. C’est l’une des principales conclusions d’un nouveau rapport de l’organisation consacré à l’efficacité des politiques sociales en faveur de l’enfance.
Intitulé « Mieux investir dans les enfants grâce aux politiques sociales », le rapport analyse l’impact du niveau, de la répartition et de la conception des dépenses sociales sur plusieurs indicateurs : pauvreté, privations matérielles, résultats scolaires et santé des enfants. Il examine également les conséquences de ces choix sur l’évolution à long terme des dépenses publiques.
Les dépenses sociales ont augmenté, mais les enfants restent vulnérables
Au cours des vingt dernières années, les dépenses sociales dans les pays de l’OCDE sont passées de 20 % à 25 % du PIB, notamment sous l’effet de la hausse des coûts liés à la santé et au vieillissement de la population.
Dans le même temps, les dépenses consacrées aux familles avec enfants sont restées inférieures à 10 % de l’ensemble des dépenses sociales.
Cette situation intervient alors qu’un enfant sur huit dans les pays de l’OCDE vit aujourd’hui dans la pauvreté monétaire. L’OCDE relève également une dégradation des résultats scolaires et indique que plus d’un adolescent sur cinq juge son état de santé moyen ou mauvais.
« Investir dans les enfants est l’un des investissements les plus importants qu’un État puisse réaliser pour préparer un avenir plus solide. Dépenser plus est utile, mais ce qui change la donne, c’est de dépenser mieux », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann.
Une meilleure répartition des dépenses pourrait faire la différence
Selon le rapport, si les dépenses sociales poursuivent leur progression historique, la pauvreté infantile pourrait reculer d’environ 1,5 point de pourcentage au cours des dix prochaines années.
L’OCDE estime toutefois que des résultats plus importants pourraient être obtenus grâce à une combinaison mieux ciblée de politiques. Celle-ci comprend notamment l’aide aux parents pour accéder à l’emploi, une protection adéquate des revenus et un accès élargi à des services de qualité.
Les services d’éducation et d’accueil des jeunes enfants (EAJE) occupent une place particulièrement importante dans cette stratégie.
L’EAJE, un levier particulièrement efficace
Le rapport estime qu’en consacrant un point de pourcentage supplémentaire de la hausse des dépenses sociales à l’accessibilité des services d’EAJE, l’efficacité des investissements pour réduire la pauvreté monétaire des enfants pourrait être supérieure d’environ 50 % à celle obtenue avec une répartition inchangée des dépenses.
Dans ce scénario, la pauvreté infantile pourrait diminuer d’environ 2,25 points de pourcentage sur dix ans, contre 1,5 point dans le scénario de poursuite de la tendance actuelle.
La proportion d’élèves présentant de faibles performances dans l’enquête PISA pourrait également reculer d’environ 4 %.
L’OCDE souligne toutefois que l’accessibilité de ces services doit aller de pair avec leur qualité. Un meilleur accès à l’EAJE peut notamment permettre aux parents de travailler davantage, d’accroître les revenus des ménages et de réduire leur dépendance à d’autres formes d’aide sociale.
Les prestations familiales restent essentielles
L’aide au revenu demeure également importante, particulièrement pour les familles qui en ont le plus besoin.
Selon l’analyse de l’OCDE, une hausse d’un point de pourcentage de la part des dépenses sociales consacrée aux prestations familiales en espèces pourrait permettre de réduire d’environ 27 % la pauvreté relative des enfants résultant des futures hausses de dépenses.
Ces transferts constituent ainsi un outil important pour soutenir directement les revenus des familles et limiter les situations de pauvreté.
Les politiques d’emploi peuvent renforcer les revenus des familles
Les politiques actives du marché du travail constituent un autre levier identifié par le rapport. Lorsqu’elles permettent aux parents de surmonter les obstacles à l’emploi et d’accéder à des revenus plus stables, elles peuvent produire des effets à la fois sociaux et budgétaires.
L’affectation d’un point de pourcentage supplémentaire des dépenses sociales à ces politiques pourrait accroître leur efficacité d’environ 24 % et réduire la progression des dépenses de 1 % sur dix ans, selon les estimations présentées.
Santé, logement et services sociaux complètent le dispositif
L’OCDE insiste également sur le rôle des services de santé, du logement et des autres services sociaux. Ces dispositifs permettent de répondre à des besoins que l’augmentation des revenus des ménages ne suffit pas nécessairement à couvrir.
Une hausse d’un point de pourcentage de la part des dépenses sociales consacrée à ces domaines pourrait accroître d’environ 9 % l’efficacité des futures augmentations de dépenses pour réduire les situations de privation matérielle aiguë, par rapport à une répartition budgétaire inchangée.
L’augmentation des investissements dans la santé pourrait également contribuer à modérer la progression des dépenses sociales à long terme.
« Dépenser mieux » plutôt que simplement dépenser plus
À travers son analyse, l’OCDE met ainsi l’accent sur la composition des dépenses sociales autant que sur leur niveau. L’enjeu n’est pas seulement d’augmenter les budgets consacrés à la protection sociale, mais de déterminer les domaines dans lesquels chaque effort supplémentaire peut produire les effets les plus importants pour les enfants et les familles.
L’investissement dans l’EAJE, les prestations familiales, l’accès des parents à l’emploi ainsi que les services de santé, de logement et d’accompagnement social apparaît ainsi comme un ensemble de leviers susceptibles d’améliorer les conditions de vie des enfants tout en contribuant à contenir certaines pressions futures sur les finances publiques.






