Afrique subsaharienne : l’inflation devrait remonter à 5,5 %
Après plusieurs années de décrue, l’inflation devrait repartir à la hausse en Afrique subsaharienne en 2026. Selon le dernier rapport économique semestriel de la Banque mondiale consacré à la région, le taux d’inflation médian devrait atteindre 5,5 %, contre 3,7 % en 2025, soit une progression de 1,8 point de pourcentage.
Cette remontée serait principalement liée au renchérissement des carburants, des engrais et des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux. Elle intervient alors que l’activité économique régionale devrait, elle, rester relativement dynamique.
Carburants, engrais et alimentation sous surveillance
La hausse des prix des produits essentiels constitue le principal facteur de pression sur l’inflation régionale.
Une augmentation du prix des carburants peut rapidement se transmettre au reste de l’économie. Le renchérissement des hydrocarbures accroît notamment les coûts de transport et de logistique. Celui des engrais augmente parallèlement les coûts de production des agriculteurs.
Ces différents effets peuvent ensuite se répercuter sur les prix des produits alimentaires et peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
Pour les économies subsahariennes fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures, d’intrants agricoles et de certains produits alimentaires, les évolutions des marchés mondiaux restent donc déterminantes.
Le Moyen-Orient représente un risque supplémentaire
Les tensions géopolitiques constituent également une source importante d’incertitude.
Une aggravation du conflit au Moyen-Orient pourrait provoquer de nouvelles tensions sur les prix des matières premières, accentuant les pressions inflationnistes dans les économies africaines.
Un tel scénario pourrait également détériorer les soldes extérieurs et budgétaires des pays importateurs de produits énergétiques, en augmentant leur facture d’importation.
La vulnérabilité est d’autant plus importante que plusieurs économies de la région disposent de marges budgétaires limitées.
Une croissance relevée à 4,3 % en 2026
La remontée de l’inflation ne remet pas, à ce stade, en cause la résilience de l’économie régionale.
La Banque mondiale prévoit une croissance de 4,3 % en 2026, contre 4,1 % en 2025. Cette prévision a été relevée de 0,3 point par rapport aux estimations publiées en avril.
Les perspectives ont notamment été améliorées pour près des trois quarts des pays de la région, parmi lesquels l’Angola, l’Éthiopie, le Nigeria et la Zambie.
Pour Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, cette résilience reflète plusieurs années de réformes. Mais elle reste insuffisante pour réduire fortement l’extrême pauvreté et créer suffisamment d’emplois face à l’augmentation de la population active.
Le risque climatique pourrait accentuer la pression sur les prix
À la pression exercée par les marchés mondiaux s’ajoute le risque climatique.
Un éventuel épisode El Niño pourrait perturber les productions agricoles dans plusieurs pays et aggraver l’insécurité alimentaire. Une baisse de la production agricole pourrait alors entraîner de nouvelles tensions sur les prix des denrées alimentaires.
Ce risque est particulièrement important pour les économies où l’agriculture occupe une place importante dans l’activité économique et l’approvisionnement alimentaire.
La dette limite les marges de manœuvre budgétaires
La remontée de l’inflation intervient également dans un environnement marqué par de fortes contraintes sur les finances publiques.
Selon le rapport, l’endettement public de l’Afrique subsaharienne s’est globalement stabilisé autour de 57 % du PIB. Toutefois, le service de la dette continue de peser sur les budgets publics.
Cette situation réduit les marges disponibles pour financer des secteurs essentiels comme la santé, l’éducation et les infrastructures.
Le recul de l’aide au développement accentue cette contrainte et pousse les gouvernements à rechercher davantage de ressources domestiques. Le développement des marchés de capitaux locaux apparaît également comme une piste pour diversifier les sources de financement.
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L’intelligence artificielle comme nouveau levier de développement
Le rapport consacre par ailleurs un chapitre à l’intelligence artificielle (IA).
Son adoption demeure particulièrement concentrée dans des pays comme le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud.
Plutôt que de privilégier exclusivement les systèmes d’IA les plus avancés, la Banque mondiale recommande de favoriser des applications simples, abordables et adaptées aux réalités locales.
Cette approche vise notamment à permettre aux économies africaines de tirer parti de l’IA sans devoir supporter des coûts technologiques disproportionnés.
Une reprise économique confrontée à plusieurs risques
L’Afrique subsaharienne devrait donc conserver une croissance relativement solide en 2026, mais cette dynamique reste confrontée à plusieurs risques.
La remontée de l’inflation à 5,5 %, après 3,7 % en 2025, pourrait notamment compliquer la situation des ménages et réduire les marges de manœuvre des banques centrales. Les tensions géopolitiques, les prix de l’énergie et des intrants agricoles ainsi que les chocs climatiques pourraient accentuer cette pression.
Dans le même temps, les contraintes liées à la dette et au recul de l’aide extérieure obligent les États à rechercher de nouvelles sources de financement.
Pour la région, l’enjeu sera donc de préserver la résilience de la croissance tout en limitant l’impact de la remontée des prix sur les ménages et sur les capacités d’investissement public.







