Madagascar : le FMI débloque 155 millions de dollars après deux revues
Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé les troisième et quatrième revues combinées des accords conclus avec Madagascar au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Cette décision ouvre la voie à des décaissements immédiats d’environ 155 millions de dollars, destinés à soutenir les réformes économiques et à renforcer la résilience du pays.
Approuvés en juin 2024 pour une durée de 36 mois, ces deux programmes interviennent dans un contexte marqué par une transition politique, des difficultés persistantes d’approvisionnement en eau et en électricité, ainsi que des chocs climatiques et extérieurs.
Deux décaissements pour un total de 155 millions de dollars
L’achèvement des revues permet à Madagascar de bénéficier de financements répartis comme suit :
- 100 millions de dollars, correspondant à 73,32 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), au titre de la FEC ;
- 55 millions de dollars, soit 40,732 millions de DTS, au titre de la FRD.
Ces ressources doivent accompagner les autorités dans la mise en œuvre de leur programme économique, alors que les besoins de financement et les contraintes budgétaires demeurent importants.
Le Conseil d’administration du FMI a également achevé la revue des assurances de financement et accordé une dérogation concernant le non-respect du critère de réalisation relatif au plancher du solde primaire à fin juin 2025. Cette décision tient compte du caractère temporaire de l’écart et des mesures correctives prises par les autorités.
Madagascar : une croissance projetée à 3,8 % en 2026
Les perspectives économiques du pays restent affectées par les tensions politiques, les conséquences des cyclones tropicaux survenus plus tôt en 2026 et la hausse des cours mondiaux du pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Dans ces conditions, le FMI prévoit une croissance du PIB réel de 3,1 % en 2025, contre 4 % lors de la deuxième revue du programme.
Pour 2026, la croissance est projetée à 3,8 %, soutenue par les efforts de reconstruction après les cyclones et le plan de redressement des autorités.
En revanche, le déficit courant devrait se creuser pour atteindre 8,3 % du PIB en 2026, contre 6 % en 2025. Cette évolution s’expliquerait notamment par la hausse des prix du pétrole, les importations liées aux dégâts causés par les cyclones et les dommages subis par le secteur minier.
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Des résultats globalement satisfaisants pour le programme FEC
Le FMI juge globalement satisfaisante la mise en œuvre du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit.
Après le non-respect du critère de réalisation quantitatif relatif au solde primaire à fin juin 2025, les autorités ont adopté des mesures correctives et atteint l’ensemble des critères quantitatifs à fin décembre 2025.
La croissance de l’agrégat monétaire M3 est également restée dans les bandes de fluctuation prévues par le dispositif de consultation sur la politique monétaire.
Toutefois, la mobilisation des recettes fiscales est demeurée largement inférieure aux attentes, mettant en évidence les difficultés persistantes de collecte des ressources intérieures.
Au titre de la FRD, Madagascar a adopté son premier budget vert ainsi qu’une stratégie nationale de financement de la lutte contre le changement climatique. Certaines mesures de réforme ont néanmoins accusé des retards, en partie en raison de facteurs exogènes.
JIRAMA et les subventions aux carburants au cœur des recommandations du FMI
À l’issue de la réunion du Conseil d’administration, Nigel Clarke, directeur général adjoint et président par intérim du FMI, a souligné la nécessité d’inscrire les politiques publiques malgaches dans une perspective de long terme.
Parmi les priorités évoquées figure l’accélération du plan de redressement de JIRAMA, l’entreprise publique chargée de l’approvisionnement en eau et en électricité. Sa mise en œuvre devrait améliorer la fiabilité des services tout en limitant les transferts financiers de l’État vers l’entreprise.
Le FMI recommande également l’application intégrale du mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants, à la suite du récent ajustement des prix à la pompe de l’essence.
Selon l’institution, cette mesure contribuerait à limiter les risques budgétaires liés à la volatilité des cours pétroliers et à dégager des ressources pour l’éducation, la santé et la protection sociale.
Le bon fonctionnement du marché des carburants constitue un autre enjeu, notamment à travers le respect des obligations fiscales des distributeurs et des engagements de l’État.
Mobilisation fiscale, politique monétaire et gouvernance
Le FMI appelle par ailleurs Madagascar à intensifier la mobilisation des ressources intérieures et à améliorer la gestion des finances publiques afin de préserver la viabilité budgétaire.
Les mesures fiscales prévues dans la loi de finances rectificative 2026 devraient notamment être accompagnées d’efforts renforcés contre la fraude douanière.
Sur le plan monétaire, la Banque centrale de Madagascar (BFM) doit se tenir prête à resserrer sa politique en cas de persistance des tensions inflationnistes. La poursuite de son programme de modernisation devrait renforcer l’efficacité du cadre de politique monétaire fondé sur les taux d’intérêt.
Le maintien de la flexibilité du taux de change demeure également essentiel pour absorber les chocs extérieurs tout en préservant les réserves internationales.
Enfin, l’institution encourage l’adoption et l’exécution rapide du plan d’action issu de son diagnostic sur la gouvernance. Les recommandations visent à renforcer la transparence, améliorer la gouvernance publique et consolider la stratégie nationale de lutte contre la corruption.
Malgré les retards enregistrés dans certaines réformes, le FMI a salué la poursuite de l’engagement des autorités malgaches au titre de la FRD. La mise en œuvre de ces mesures doit contribuer à l’objectif plus large de renforcement de la résilience socioéconomique poursuivi dans le cadre de la FEC.







