Éthiopie-Djibouti : un pipeline pétrolier de 660 millions $
L’Éthiopie, Djibouti et le groupe nigérian Dangote renforcent leur coopération dans le secteur énergétique. Les trois partenaires ont lancé un projet de pipeline de 120 km évalué à 660 millions de dollars, destiné à transporter des produits pétroliers raffinés entre Djibouti et l’Éthiopie.
L’infrastructure doit relier Damerjog, à Djibouti, à Dewele, en Éthiopie, avec des capacités de stockage importantes aux deux extrémités. Sa mise en service est annoncée dans un délai de 18 mois.
Un corridor pétrolier entre Damerjog et Dewele
Le projet a été annoncé le 24 septembre 2026 lors de la visite du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Djibouti. Il était accompagné du président djiboutien Ismail Omar Guelleh et du président du groupe Dangote, Aliko Dangote.
À cette occasion, Ethiopian Investment Holdings (EIH), Dangote Industries et Great Horn Investment Holding, la société publique d’investissement de Djibouti, ont signé un mémorandum d’entente pour développer l’infrastructure.
Les trois dirigeants ont également posé la première pierre du projet.
Le dispositif reposera sur trois principaux maillons :
- la réception maritime des produits pétroliers à Damerjog ;
- leur stockage dans des installations d’environ 375 000 m³ ;
- leur acheminement par pipeline vers Dewele, où les capacités de stockage atteindront environ 800 000 m³.
Le pipeline doit ainsi assurer une continuité logistique entre les installations portuaires djiboutiennes et les infrastructures de distribution situées en Éthiopie.
L’Éthiopie veut réduire sa dépendance au transport routier
L’enjeu est particulièrement important pour Addis-Abeba. Depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie est privée d’accès direct à la mer et dépend largement des infrastructures portuaires de ses voisins.
Djibouti constitue aujourd’hui son principal débouché maritime, notamment pour ses importations de produits pétroliers. Une partie importante de ces produits est ensuite acheminée vers l’intérieur du pays par des camions-citernes.
Le recours à un pipeline doit permettre de réduire les coûts et les délais liés au transport routier sur ce corridor.
Pour EIH, le projet doit également améliorer la fiabilité des approvisionnements en limitant les goulets d’étranglement logistiques. Le transfert d’une partie des volumes de la route vers la conduite pourrait, par ailleurs, réduire l’empreinte carbone du transport des carburants.
« Avec Ismail Omar Guelleh et Aliko Dangote, nous annonçons aujourd’hui un investissement stratégique majeur visant à relier Damerjog, à Djibouti, à Dewele, en Éthiopie », a déclaré Abiy Ahmed.
Dangote renforce sa présence énergétique en Afrique de l’Est
Le projet pétrolier s’inscrit dans une coopération plus large entre EIH et Dangote en Éthiopie.
Les deux partenaires travaillent notamment sur un vaste complexe d’engrais à Gode, dans la région Somali. Initialement estimé à 2,5 milliards de dollars pour une capacité de trois millions de tonnes d’urée par an, le projet a depuis été élargi.
L’investissement envisagé dépasse désormais 4 milliards de dollars et comprend notamment une unité de production de NPK, une centrale électrique de 120 MW, un gazoduc de 110 km ainsi qu’une unité de fabrication d’emballages en polypropylène.
Cette diversification traduit une volonté de développer des chaînes industrielles intégrées autour de l’énergie et des intrants agricoles.
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Un autre projet pétrolier majeur au Kenya
Le groupe nigérian cherche également à renforcer son implantation énergétique en Afrique de l’Est, notamment au Kenya.
Avec les autorités kényanes, Dangote prévoit la construction d’une raffinerie d’une capacité annoncée de 700 000 barils par jour à Lamu, pour un investissement estimé à 16 milliards de dollars. La pose de la première pierre est prévue le 30 septembre 2026.
Nairobi négocie parallèlement avec le groupe nigérian la construction d’un pipeline d’environ 800 km destiné à relier les champs pétroliers du nord-ouest du pays au futur complexe de raffinage.
Les deux projets répondent toutefois à des logiques différentes.
Au Kenya, les infrastructures doivent accompagner la valorisation des ressources pétrolières du Turkana et leur acheminement vers la côte. Sur l’axe Djibouti-Éthiopie, le pipeline vise plutôt à sécuriser l’approvisionnement en produits raffinés d’un pays enclavé.
Des infrastructures qui redessinent les corridors énergétiques
Le projet Damerjog-Dewele illustre ainsi une tendance plus large en Afrique de l’Est : le développement d’infrastructures destinées à sécuriser les corridors énergétiques et à réduire les coûts logistiques.
Pour l’Éthiopie, l’enjeu dépasse le seul transport des carburants. La capacité à disposer d’un approvisionnement plus régulier et d’infrastructures de stockage importantes peut contribuer à renforcer la résilience de son système énergétique.
Pour Djibouti, le projet consolide parallèlement le rôle du pays comme plateforme logistique régionale, en s’appuyant sur ses infrastructures portuaires pour alimenter l’un des plus grands marchés de la région.
Enfin, pour Dangote, cette opération prolonge une stratégie d’expansion au-delà du Nigeria et renforce son positionnement dans les chaînes énergétiques et industrielles africaines.







