Soudan : la livre chute à 7 500 pour un dollar sur le marché parallèle
La livre soudanaise poursuit sa forte dépréciation face au dollar, accentuant la pression sur les prix des produits de première nécessité et sur le pouvoir d’achat des ménages. Le 22 septembre 2026, le dollar s’échangeait autour de 7 500 livres soudanaises sur le marché parallèle, contre environ 4 100 livres en mai et près de 600 livres avant le déclenchement de la guerre en avril 2023.
Cette nouvelle chute intervient alors que les autorités contrôlées par l’armée préparent parallèlement une opération de remplacement de la monnaie nationale.
La livre soudanaise perd près de la moitié de sa valeur depuis l’été
La dégradation du taux de change illustre l’ampleur de la crise économique qui frappe le Soudan depuis le début de la guerre entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR).
Sur le marché parallèle, la livre s’échangeait encore autour de 4 100 pour un dollar en mai 2026. Elle a depuis fortement reculé, atteignant récemment un point haut autour de 8 000 livres avant de revenir à environ 7 500 livres le 22 septembre. Avant la guerre, le dollar valait environ 600 livres soudanaises.
La Banque centrale ne publie par ailleurs plus de taux de change officiel actualisé, tandis que la Bank of Khartoum affichait un taux d’environ 4 200 livres pour un dollar, selon Reuters.
Le conflit fragilise les recettes en devises
La chute de la monnaie est étroitement liée à la désorganisation de l’économie soudanaise et à la division du territoire entre zones contrôlées par les différentes forces armées.
Selon Reuters, plusieurs régions productrices d’or, de bétail, d’oléagineux et de gomme arabique se trouvent sous le contrôle des FSR. Cette situation prive les autorités alignées sur l’armée d’une partie des recettes d’exportation et des devises nécessaires au fonctionnement de l’économie.
L’or constitue notamment une source importante de devises pour le pays. Les données citées par Reuters indiquent que le secteur aurifère officiel aurait produit 70 tonnes d’or en 2025, mais que seulement 14,7 tonnes auraient été déclarées comme exportées par la banque centrale.
Les importations deviennent plus coûteuses
La dépréciation de la livre renchérit directement les produits importés, notamment le carburant et le blé, dont les importateurs doivent souvent financer l’achat en dollars sur le marché parallèle.
Cette situation intervient alors que le retour d’une partie des populations déplacées par le conflit contribue également à accroître la demande de biens et de devises. L’Organisation internationale pour les migrations estime qu’environ 5 millions de personnes sur les 14 millions déplacées par la guerre sont retournées dans leurs zones d’origine, principalement dans les territoires repris par l’armée.
La pression se répercute déjà sur les prix. À Omdurman, Reuters rapporte notamment qu’un litre d’huile de cuisson est passé de 17 000 à 23 000 livres en une semaine. Certains commerçants interrogés ont également fait état d’une forte diminution des ventes et de rayons partiellement vides.
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Les autorités préparent un remplacement de la monnaie
Face à la détérioration de la situation monétaire, les autorités soudanaises ont engagé les préparatifs pour remplacer certaines coupures de la monnaie nationale.
La Banque centrale a notamment commencé à substituer certaines anciennes coupures, dont les billets de 500 et 1 000 livres, dans les zones contrôlées par l’armée. Cette opération vise notamment à retirer de la circulation des billets contrefaits et à renforcer le contrôle du système monétaire.
Le remplacement des billets intervient donc dans un contexte où la monnaie est soumise à de fortes pressions liées à la guerre, à la contraction des recettes en devises et à la fragmentation des circuits économiques.
Une économie confrontée à une forte désorganisation
La dépréciation de la livre constitue l’un des principaux symptômes de la crise économique provoquée par le conflit. La baisse de la production, la perturbation des échanges, la perte de recettes d’exportation et la fragmentation du territoire compliquent le fonctionnement normal du système économique.
Pour les ménages, l’effet est particulièrement visible à travers la hausse du prix des produits essentiels. La baisse de la valeur de la monnaie réduit également le pouvoir d’achat des revenus libellés en livres.
Ainsi, alors que les autorités cherchent à rétablir progressivement les activités économiques dans les zones qu’elles contrôlent, la faiblesse de la livre soudanaise et la difficulté à accéder aux devises restent des contraintes majeures pour la reprise économique.







