Commerce intra-UEMOA : une hausse de 2,4%, mais une intégration commerciale encore à renforcer
Le commerce entre les États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a poursuivi sa progression en 2024, porté par le regain d’activité économique dans l’espace communautaire. Les transactions commerciales intra-UEMOA de biens ont atteint 4 248,6 milliards de FCFA, soit une hausse de 2,4% sur un an.
Cette progression confirme le dynamisme des échanges entre les huit économies de l’Union. Mais derrière cette hausse en valeur se dessine un paradoxe : le commerce intra-régional progresse, tout en perdant légèrement du terrain dans l’ensemble des échanges commerciaux de l’UEMOA.
Sa part dans les flux commerciaux totaux est en effet passée de 15,5% en 2023 à 15,0% en 2024, soit un recul de 0,5 point.
4 248,6 milliards FCFA échangés entre les États
Les données issues des travaux de la Cellule sous-régionale chargée de la réconciliation des données sur les échanges intra-UEMOA font ressortir une augmentation de 2,4% des transactions commerciales entre les pays membres.
Cette évolution est principalement liée à la progression des échanges de produits pétroliers et alimentaires, qui représentent à eux seuls plus de la moitié du commerce intra-régional.
Le phénomène est particulièrement visible sur les produits pétroliers raffinés. Les échanges entre les pays de l’Union sont passés de 1 673,6 milliards de FCFA en 2023 à 1 783,1 milliards en 2024, soit une progression de 6,5%.
Avec 44,2% de l’ensemble du commerce intra-UEMOA, contre 42,5% un an auparavant, les produits pétroliers confortent ainsi leur position de premier poste d’échanges entre les économies de l’Union.
Côte d’Ivoire et Sénégal : les deux grands fournisseurs de l’Union
La structure géographique des échanges reste fortement concentrée autour de quelques économies.
La Côte d’Ivoire domine les exportations intra-régionales avec 45,0% du total en 2024, contre 42,6% en 2023. Le pays renforce ainsi son poids dans l’approvisionnement des marchés de l’Union.
Le Sénégal arrive en deuxième position avec 27,5%, contre 26,7% un an plus tôt.
À eux deux, les deux pays représentent donc 72,5% des exportations intra-UEMOA.
Cette concentration traduit le rôle central joué par les économies disposant des capacités de production, de transformation et de distribution les plus importantes dans l’espace communautaire.
Elle soulève également une question stratégique pour l’intégration régionale : comment élargir le nombre de pays capables de produire et d’exporter davantage vers leurs voisins ?
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Le Mali et le Burkina Faso concentrent les importations régionales
Du côté des importations, le classement est dominé par le Mali et le Burkina Faso.
Le Mali représente 47,7% des approvisionnements intra-communautaires en 2024, contre 52,7% en 2023. Malgré un recul de cinq points, il demeure de loin le premier importateur de biens provenant des autres pays de l’Union.
Le Burkina Faso arrive deuxième avec 22,3%, contre 17,7% en 2023.
Les deux pays concentrent ainsi 70,0% des importations intra-régionales.
Cette configuration met en évidence une complémentarité importante au sein de l’UEMOA : certains pays jouent davantage le rôle de fournisseurs régionaux tandis que d’autres dépendent davantage des marchés communautaires pour leur approvisionnement.
Le pétrole domine largement les échanges
La structure des produits échangés révèle une forte prédominance des hydrocarbures.
Les produits pétroliers représentent 44,2% du commerce intra-UEMOA, soit près d’un échange sur deux.
Derrière eux, les transactions portent notamment sur plusieurs catégories de biens intermédiaires et de produits destinés à la consommation.
Cette structure montre que l’intégration commerciale de l’UEMOA repose encore largement sur les produits énergétiques et les biens intermédiaires, avec une place plus limitée pour les produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée.
C’est probablement l’un des principaux enjeux de la prochaine phase de l’intégration économique régionale.
Une intégration commerciale supérieure à plusieurs ensembles africains
Avec une part de 15,0% des échanges totaux, le commerce intra-UEMOA affiche un niveau d’intégration supérieur à celui de plusieurs autres ensembles africains.
À titre de comparaison, cette proportion s’établit à :
- 20,1% au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est
- 15,0% en Afrique subsaharienne
- 9,0% au sein du Marché commun de l’Afrique de l’Est et Australe
- 3,1% au sein de la CEMAC
L’UEMOA se situe donc au-dessus de la moyenne de l’Afrique subsaharienne et devance nettement la CEMAC et le COMESA sur cet indicateur.
Mais elle reste derrière la Communauté de l’Afrique de l’Est, dont les échanges intra-régionaux représentent 20,1% du commerce total.
La comparaison est instructive : le marché communautaire ouest-africain dispose déjà d’une base commerciale significative, mais son potentiel d’intégration reste encore largement inexploité.
Le paradoxe de 2024 : plus d’échanges, mais une part légèrement plus faible
La progression de 2,4% du commerce intra-UEMOA doit être interprétée avec nuance.
En valeur absolue, les échanges augmentent pour atteindre 4 248,6 milliards FCFA. Mais leur poids dans l’ensemble des échanges commerciaux de l’Union recule de 15,5% à 15,0%.
Cela signifie que les échanges avec le reste du monde ont progressé à un rythme supérieur à celui des échanges entre États membres.
Cette évolution constitue un signal important pour les politiques d’intégration économique. L’enjeu n’est plus seulement de faire croître les échanges intra-régionaux en valeur, mais de faire en sorte qu’ils augmentent suffisamment rapidement pour accroître leur poids dans le commerce global de l’Union.
Au-delà des volumes, le défi de la transformation
Les chiffres de 2024 mettent également en lumière une autre faiblesse structurelle : la concentration des échanges sur quelques produits.
Avec près de la moitié du commerce intra-régional constitué de produits pétroliers, l’UEMOA demeure exposée à une structure commerciale où les produits énergétiques occupent une place considérable.
Le développement des échanges de ciment, plastiques, huiles, préparations alimentaires et produits agricoles montre toutefois que le marché régional joue déjà un rôle dans l’approvisionnement en biens intermédiaires et alimentaires.
L’étape suivante consisterait à accroître la part des produits transformés et des biens manufacturés, afin que l’intégration commerciale contribue davantage à la création de valeur, à l’industrialisation et à la diversification productive des économies de l’Union.
L’enjeu : transformer le marché régional en véritable levier industriel
Les 4 248,6 milliards de FCFA d’échanges intra-UEMOA réalisés en 2024 constituent une masse commerciale importante. Mais leur répartition montre que l’Union dispose encore d’une marge considérable pour approfondir son marché intérieur.
La concentration des exportations autour de la Côte d’Ivoire et du Sénégal et celle des importations autour du Mali et du Burkina Faso témoignent d’une intégration déjà fonctionnelle, mais encore asymétrique.
Pour franchir un nouveau cap, l’enjeu sera de favoriser davantage la production régionale, les chaînes de valeur transfrontalières et la transformation locale des matières premières.
Le véritable potentiel du commerce intra-UEMOA ne réside donc pas seulement dans l’augmentation des montants échangés. Il réside dans la capacité de ces échanges à faire émerger une base industrielle régionale, à réduire la dépendance aux importations extra-communautaires et à créer davantage de valeur au sein de l’Union.







