Zimbabwe : la Banque mondiale alerte sur le calendrier du ZiG
Le Zimbabwe ambitionne de faire du ZiG, sa monnaie adossée à l’or, l’unique moyen de paiement sur son territoire d’ici 2030. Mais la Banque mondiale estime que le rythme envisagé pour cette transition monétaire comporte des risques importants.
Dans un rapport publié le 4 septembre 2026, l’institution de Washington met notamment en garde contre une dédollarisation trop rapide. Selon elle, une transition précipitée pourrait provoquer des sorties de capitaux, accentuer les écarts entre les taux de change officiel et parallèle et remettre en cause les progrès réalisés en matière de stabilisation macroéconomique depuis le lancement du ZiG en avril 2024.
La Banque mondiale met en garde contre une transition trop rapide
La Banque mondiale ne remet pas en cause l’objectif du gouvernement zimbabwéen de parvenir à un système reposant sur une monnaie nationale unique. Elle insiste toutefois sur l’importance du calendrier et du séquençage de la transition.
L’institution considère qu’une dédollarisation prématurée pourrait fragiliser la confiance dans le ZiG, notamment si la monnaie locale n’a pas encore acquis une crédibilité suffisante auprès des ménages, des entreprises et des marchés.
Cette prudence s’appuie notamment sur l’expérience de 2019, lorsque le Zimbabwe avait tenté de réintroduire sa monnaie nationale. La réforme avait finalement échoué dans un contexte de forte défiance.
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Le dollar américain reste dominant dans l’économie
Le défi est particulièrement important pour Harare. L’économie zimbabwéenne utilise largement le dollar américain depuis 2009, après une période d’hyperinflation qui avait quasiment fait disparaître la monnaie nationale des échanges.
Lancé en avril 2024 par le gouverneur de la Reserve Bank of Zimbabwe (RBZ), John Mushayavanhu, le Zimbabwe Gold (ZiG) est adossé à un panier de réserves comprenant notamment de l’or, d’autres métaux précieux et des devises.
Il constitue la sixième tentative de réforme monétaire engagée par le pays depuis 2000. Les précédentes expériences avaient été confrontées à une perte de confiance dans la monnaie locale.
Des objectifs ambitieux avant 2030
Pour accompagner la transition vers une monnaie unique, la RBZ s’est fixé plusieurs objectifs macroéconomiques.
Le pays entend notamment :
- porter ses réserves de change à une couverture comprise entre trois et six mois d’importations, contre environ un mois actuellement ;
- ramener l’inflation à un chiffre d’ici 2026 ;
- réduire à moins de 30 % l’écart entre le taux de change officiel et celui observé sur le marché parallèle.
Le dispositif envisagé permettrait aux entreprises et aux particuliers de continuer à détenir des comptes en devises. Toutefois, les transactions réalisées sur le marché intérieur devraient être réglées en ZiG.
Une conjoncture macroéconomique plus favorable
La Banque mondiale relève parallèlement une amélioration de la situation macroéconomique du Zimbabwe. Elle prévoit une croissance de 5 % en 2026, en ligne avec les projections du gouvernement, avant un ralentissement attendu en 2027 sous l’effet du phénomène climatique El Niño.
Harare pourrait également bénéficier d’une évolution favorable sur le front de son accès aux financements extérieurs. La France et le Royaume-Uni ont accepté de coprésider une plateforme destinée à accompagner la restructuration de la dette du Zimbabwe.
Le pays reste privé d’un accès normal aux financements extérieurs depuis son défaut de paiement de 1999. Pour la Banque mondiale, les évolutions récentes de l’environnement macroéconomique pourraient ainsi créer des conditions plus favorables à la mise en œuvre de réformes.
La confiance, principal test pour le ZiG
Malgré ces avancées, la Banque mondiale considère que la réussite de la transition dépendra avant tout de la confiance accordée au ZiG.
Le dollar américain conserve en effet une place centrale dans l’économie, notamment dans le secteur informel. Cette préférence est renforcée par le souvenir de la forte dépréciation de la monnaie zimbabwéenne au début de 2024.
Pour l’institution, l’enjeu n’est donc pas seulement de fixer une date pour la disparition progressive du dollar. La crédibilité du ZiG devra d’abord s’ancrer dans les pratiques des ménages, des commerçants et des entreprises.
Le calendrier de 2030 apparaît ainsi comme un objectif politique et économique, mais sa réussite dépendra de la capacité du Zimbabwe à consolider durablement la stabilité de sa monnaie avant de réduire la place du dollar dans les transactions.







