Maroc : la Banque mondiale projette 1,7 million d’emplois supplémentaires grâce à des réformes structurelles ambitieuses
Le Maroc dispose d’un important potentiel de transformation économique, mais celui-ci reste conditionné à une accélération des réformes structurelles. Dans deux rapports publiés le 28 avril 2026 à Rabat, le Groupe de la Banque mondiale estime que le royaume pourrait générer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et porter son PIB réel à un niveau supérieur de près de 20 % au scénario de référence, à condition de renforcer la compétitivité, de stimuler l’investissement privé et d’améliorer l’inclusion économique.
Ces conclusions sont issues du Rapport sur la croissance et l’emploi au Maroc et du Diagnostic du secteur privé au Maroc, réalisés en collaboration avec les autorités marocaines.
Une croissance économique encore insuffisamment créatrice d’emplois
Malgré les progrès économiques enregistrés ces dernières décennies, la croissance marocaine peine encore à absorber la dynamique démographique.
Selon la Banque mondiale, entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus rapidement que l’emploi, accentuant les tensions sur le marché du travail.
Cette situation touche particulièrement les jeunes et les femmes. Le taux d’activité féminin demeure l’un des plus faibles au monde, malgré une hausse du niveau d’éducation des femmes marocaines.
Par ailleurs, plusieurs secteurs économiques restent peu concurrentiels. Environ 25 % des industries marocaines évoluent dans un environnement insuffisamment compétitif, freinant la croissance des entreprises et leur capacité à gagner en productivité.
Quatre leviers stratégiques pour transformer l’économie
Pour lever ces contraintes, la Banque mondiale recommande une stratégie structurée autour de quatre axes complémentaires :
- renforcer l’efficacité et la concurrence sur les marchés ;
- dynamiser les entreprises privées et faciliter leur croissance ;
- améliorer l’efficacité des investissements publics ;
- rendre le marché du travail plus inclusif, notamment pour les femmes et les jeunes.
Selon les projections, ces réformes pourraient générer 2,5 millions d’emplois supplémentaires à l’horizon 2050, tout en consolidant les ambitions du Nouveau modèle de développement du Maroc.
« Le Maroc a construit des bases solides. Avec ces réformes, le pays peut aller plus loin, créer des millions d’emplois et offrir davantage d’opportunités aux jeunes et aux femmes », a déclaré Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division à la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.
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Quatre secteurs prioritaires pour attirer les capitaux privés
Le Diagnostic du secteur privé met également en lumière quatre secteurs à fort potentiel capables d’attirer des investissements privés massifs :
- la production décentralisée d’énergie solaire ;
- le textile bas-carbone ;
- les cosmétiques à base d’argan ;
- l’aquaculture marine.
Ces activités sont alignées avec les priorités stratégiques du Maroc en matière de transition énergétique, industrialisation verte et développement régional.
Pourtant, les investissements privés y restent encore inférieurs à ceux observés dans des économies comparables.
Le principal frein identifié ne réside pas dans l’absence d’opportunités, mais dans les obstacles réglementaires et administratifs : lourdeurs bureaucratiques, accès limité au foncier, contraintes d’accès à l’énergie verte et insuffisances en compétences spécialisées.
7,4 milliards de dollars d’investissements potentiels
Selon la Société financière internationale (IFC), branche du Groupe Banque mondiale dédiée au secteur privé, la mise en œuvre des réformes recommandées pourrait débloquer environ 7,4 milliards de dollars d’investissements privés sur les cinq à dix prochaines années.
Ces flux pourraient permettre la création de plus de 166 000 emplois dans les quatre secteurs ciblés.
« Le Maroc dispose des atouts sectoriels et de la volonté réformatrice nécessaires pour attirer des investissements privés nettement plus importants », a souligné Cheick-Oumar Sylla, directeur régional d’IFC pour l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique.
Un enjeu clé pour la compétitivité du Maroc
Partenaire du Maroc depuis plus de 65 ans, le Groupe de la Banque mondiale accompagne le royaume à travers des financements, des expertises techniques et des conseils stratégiques.
Avec la publication simultanée de ces deux rapports, l’institution entend soutenir une nouvelle phase de transformation économique, axée sur la mobilisation du secteur privé comme moteur principal de croissance.
Pour Rabat, l’enjeu est désormais clair : convertir son potentiel économique en croissance inclusive, durable et fortement créatrice d’emplois.
Dans un contexte régional marqué par une concurrence accrue pour attirer les capitaux et industrialiser les économies, la réussite de ces réformes pourrait permettre au Maroc de consolider son statut de hub économique majeur en Afrique du Nord et sur le continent.







