SOFITEX : l’État burkinabè devient l’unique actionnaire
Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté économique. À l’issue du Conseil des ministres présidé par le capitaine Ibrahim Traoré, le gouvernement a acté la nationalisation de la SOFITEX, entreprise clé de la filière coton.
Deux décrets ont été adoptés : l’un portant sur la nationalisation de la société, l’autre sur l’approbation de ses nouveaux statuts. Désormais, l’État détient 100 % du capital de cette entreprise stratégique.
Une décision motivée par des difficultés structurelles
Avant cette opération, l’État contrôlait déjà 89 % du capital de la SOFITEX, le reste étant réparti entre entités publiques et investisseurs privés. Le capital social s’élevait à 19,5 milliards de FCFA.
Selon le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Gnaniodem Poda, cette décision vise à répondre à plusieurs défis majeurs :
• un endettement élevé
• des charges de fonctionnement importantes
• des retards dans le paiement des producteurs
• la volatilité des prix des intrants et du coton sur les marchés internationaux
En devenant l’unique actionnaire, l’État entend restaurer la stabilité financière de l’entreprise et sécuriser l’ensemble de la chaîne de valeur.
Relancer la filière coton, pilier de l’économie
La SOFITEX joue un rôle central dans l’économie burkinabè, le coton constituant l’un des principaux produits d’exportation du pays.
Cette nationalisation vise donc à :
• redynamiser la production cotonnière
• améliorer la performance de l’entreprise
• garantir une meilleure rémunération des producteurs
• renforcer la transformation locale
L’objectif est clair : faire du coton un levier plus solide de croissance et de développement.
Une stratégie plus large de reprise en main des secteurs clés
Cette décision s’inscrit dans une politique plus globale de renforcement du contrôle public des secteurs stratégiques. Ces dernières années, le Burkina Faso a multiplié les nationalisations :
• la Banque commerciale du Burkina en 2024
• la SN-SOSUCO
• la SN-CITEC en 2025
• le transfert de sociétés minières à la SOPAMIB
Cette orientation traduit une volonté affirmée des autorités de reprendre la main sur les leviers économiques jugés essentiels, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et économiques.
Entre souveraineté et efficacité économique
Si cette stratégie renforce la souveraineté économique, elle pose aussi la question de la performance future des entreprises publiques. Le défi pour les autorités sera de conjuguer contrôle étatique et efficacité opérationnelle, afin d’éviter les écueils souvent associés aux entreprises nationalisées.
Avec la prise de contrôle totale de la SOFITEX, le Burkina Faso fait le pari d’un modèle économique plus souverain, misant sur une meilleure gouvernance pour relancer durablement sa filière coton.







