Guerre Iran–Moyen-Orient : explosion des coûts du fret maritime vers l’Afrique après la fermeture du détroit d’Ormuz
La guerre en cours au Moyen-Orient commence à produire ses premiers effets majeurs sur le commerce international. La fermeture du Détroit d’Ormuz, l’une des principales routes maritimes du monde, provoque une hausse brutale des coûts du fret maritime à destination de l’Afrique.
Face aux perturbations du trafic maritime dans le Golfe, plusieurs grandes compagnies de transport maritime ont décidé d’imposer des surtaxes de guerre sur les cargaisons à destination de nombreux ports africains et des îles de l’océan Indien.
MSC applique une surtaxe sur les cargaisons vers l’Afrique
L’armateur italo-suisse MSC (Mediterranean Shipping Company) a annoncé l’application, à partir du 5 mars, d’une surtaxe de guerre sur certaines expéditions reliant le sous-continent indien et les pays du Golfe aux marchés africains.
Ces frais supplémentaires concernent notamment les cargaisons à destination de l’Afrique de l’Est, de la Somalie, du Mozambique et des îles de l’océan Indien, ainsi que celles en provenance du Golfe vers l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique australe et plusieurs ports de l’océan Indien.
Dans le détail, la compagnie appliquera :
- 500 dollars par conteneur EVP (équivalent 20 pieds) pour les marchandises sèches provenant du sous-continent indien ;
- 1 000 dollars par conteneur réfrigéré EVP pour ces mêmes routes.
Des coûts encore plus élevés pour les conteneurs frigorifiques
Les cargaisons sensibles, notamment les produits alimentaires transportés dans des conteneurs frigorifiques, subiront des hausses encore plus marquées.
Pour les expéditions provenant des pays du Golfe vers l’Afrique, MSC prévoit une surtaxe pouvant atteindre 3 000 dollars pour les conteneurs de 40 pieds et 4 000 dollars pour les conteneurs réfrigérés.
Selon les acteurs du secteur, ces mesures visent à compenser les risques liés à la navigation dans une zone devenue instable et à ajuster la capacité de transport disponible.
Les grands armateurs mondiaux emboîtent le pas
La décision de MSC s’inscrit dans un mouvement plus large de l’industrie maritime. D’autres grandes compagnies ont également annoncé des hausses tarifaires en raison des tensions dans la région.
La compagnie allemande Hapag-Lloyd applique ainsi une surtaxe pour risque de guerre de 1 500 dollars par conteneur standard et 3 500 dollars pour les conteneurs frigorifiques ou équipements spéciaux, effective depuis le 2 mars.
De son côté, le groupe français CMA CGM a instauré une surtaxe d’urgence comprise entre 2 000 et 3 000 dollars pour les conteneurs secs, et 4 000 dollars pour les conteneurs frigorifiques ou spéciaux.
Ces mesures concernent notamment les marchandises à destination ou en provenance de plusieurs pays du Golfe et du Moyen-Orient, dont l’Irak, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, Oman, les Émirats arabes unis ou encore l’Arabie saoudite.
Le géant du transport maritime Maersk a également annoncé l’introduction d’une surtaxe d’urgence sur ses lignes reliant le Moyen-Orient, l’Europe du Nord et la Méditerranée à partir du 15 mars.
Un choc logistique lié à la crise du détroit d’Ormuz
Ces décisions interviennent dans un contexte de quasi-paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, conséquence directe des tensions militaires liées à la confrontation avec l’Iran.
Situé entre le Golfe persique et l’océan Indien, ce passage stratégique constitue l’une des artères les plus vitales du commerce maritime mondial, notamment pour les hydrocarbures et les marchandises transportées entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique.
Avec le blocus de facto imposé par Téhéran, plusieurs compagnies maritimes ont suspendu certaines liaisons vers la région du Golfe, accentuant la pression sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
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Des répercussions attendues sur les économies africaines
Pour de nombreux pays africains fortement dépendants des importations maritimes, la flambée des coûts du fret pourrait rapidement se traduire par une hausse des prix des produits importés, notamment les denrées alimentaires, les biens industriels et certains produits énergétiques.
Alors que le commerce mondial reste déjà fragilisé par les tensions géopolitiques, la crise actuelle autour du détroit d’Ormuz pourrait accentuer les pressions inflationnistes et perturber les chaînes logistiques reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique.







